Fiche: un repli national

 

fiche analyse

 

à retenir

  • aimer le patrimoine n’est pas automatiquement le signe d’un repli
  • certains groupes utilisent le patrimoine pour défendre leur projet de société

autres fiches

  • l’identité régionale ▶︎
  • l’identité nationale ▶︎

autres fiches

autres fiches

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

à voir aussi

  • On retrouve ce discours dans le film Mon Oncle de Jacques Tati ▶︎

 

sur ina.fr

  • Un reportage sur Ménilmontant-Belleveille, un quartier populaire de Paris menacé de destruction ▶︎

 

 

autres fiches

  • l’idéalisation de la France ▶︎
  • les mythes du patrimoine ▶︎

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Pourquoi peut-on craindre que le patrimoine entraine un repli sur soi ?

 

 

 

Une obsession du territoire national

Comme nous l’avons vu dans d’autres fiches, le patrimoine fait partie des identités régionales et nationales. A ce titre le patrimoine peut servir à susciter un sentiment de fierté.

Le goût pour le patrimoine, en France, s’est très vite centré sur le territoire national, délaissant ce qui est au-delà de l’Hexagone dès les années 1960. Ce désintérêt pour le patrimoine étranger peut s’expliquer par une priorité donnée aux monuments nationaux.

L’histoire du patrimoine est remplie de polémiques qui agitent le sentiment national, où la menace semble venir d’au-delà des frontières (par exemple dans les cas de rachats de trésors nationaux par des étrangers).

En France, la célébration du patrimoine a des accents patriotiques: c’est une célébration de l’histoire de France (mais une histoire sélective) et du territoire national (mais un territoire idéalisé). C’est également l’exaltation d’un supposé génie national et d’une grandeur française. Ces discours sont fréquemment nostalgiques et ont parfois des relents nationalistes puisqu’ils placent la France au dessus des autres nations.

Certains mythes reviennent souvent autour du patrimoine, et ils sont de nature à encourager un discours défensif.

 

La défense d’une manière de vivre

La vallée des anges mise en danger par une autoroute (1978)

Le territoire national est ainsi très largement idéalisé dans les discours sur le patrimoine. Une partie des défenseurs avance l’argument suivant: la France perd son charme. Le responsable: la modernité. Ce phénomène accélèrerait la disparition de l’identité française. Il s’agit d’un discours qui s’appuie sur la nostalgie, et le « charme » renvoie à un passé indéterminé et mythifié.

 

Les quartiers anciens et les petits villages, sont décrits comme les derniers territoires de l’authenticité. On y trouve encore des métiers anciens, des lieux « typiques » d’une identité locale, de sociabilités (voire de solidarités) disparues ailleurs.

Plusieurs émissions de télévision sont allé filmer de tels lieux quand ils étaient promis à la disparition (moins pour les documenter que pour susciter la nostalgie et l’émotion) : Chefs d’œuvre en péril, Terre des arts, La France défigurée, Mémoires d’un vieux quartier. A chaque fois le propos est le même: avec les édifices, ce qui disparait c’est la manière de vivre, la douceur et le calme d’un lieu de vie à échelle humaine. Par contraste, la grande ville y est présentée comme un lieu qui écrase les individus : c’est un repoussoir.

Comment préserver l’architecture régionale? (1972)

La France des « Trente Glorieuse » se découvre un mal nouveau: elle est en mal d’authenticité. Cette quête de l’authenticité motive beaucoup de défenseurs du patrimoine, qui rejettent la modernité unifomisatrice. Il s’agit là encore d’un phénomène d’idéalisation qui s’appuie sur des mythes. Le patrimoine est utilisé pour justifier des positions traditionalistes et passéistes. En outre, les auteurs de ces discours n’ont pas tous conscience que ce qu’ils risquent de muséifier la France.

 

Les causes historiques de ce mouvement de repli

Les sources de ces craintes sont la modernisation de la France, la construction européenne, le sentiment d’américanisation du monde, l’uniformisation des modes de vie dans la mondialisation. Chacun de ces phénomènes repose sur des éléments objectifs quantifiables, mais c’est aussi un sentiment subjectif et une expérience plus ou moins bien vécue par les Français. La peur du déclin de l’identité nationale, par exemple, est assez largement fantasmée. Néanmoins, cela explique pourquoi le patrimoine est devenu un élément rassurant.

 

Bilan

Aimer le patrimoine n’entraine pas nécessairement un repli national, il s’agit d’une volonté de certains de ses défenseurs. Ceux-là dissimulent derrière leur combat pour le patrimoine un projet de société réactionnaire. Ils sont parfois très proches des fantasmes identitaires. Leurs discours sont très présents dans les médias aujourd’hui, et ils doivent pourtant être pris avec précaution.

 

Bibliographie
  • Michael Bess, La France vert clair: écologie et modernité technologique, 1960-2000, traduit par Christophe Jacquet, Seyssel, Champ Vallon, 2011, p. 58.
  • Fernand Braudel, L’Identité de la France. [1]. Espace et Histoire, Paris, Arthaud Flammarion, 1986.
  • Frédéric Gugelot, « Églises en ruines, société en déclin ? », Archives de sciences sociales des religions, 15 juillet 2015, en ligne.
  • Le Guénic Michel, « Nos régions » selon Jean-Pierre Pernaut: pétainisme ou pittoresque ?, Paris, France, France Europe éd., 2003.
  • Herman Lebovics et Gérard Noiriel, La vraie France: les enjeux de l’identité culturelle, 1900- 1945, traduit par Geoffroy de Laforcade, Paris, France, Belin, 1995.

Fiche: un repli national