Lancement de l’Année du Patrimoine (1980)

« Année patrimoine »
C’est la vie
02/01/1980
Antenne 2

 

…Et nous pensons que c’est de tout cela que doit sortir la sensibilisation des Français au patrimoine.

Comment cette vidéo éclaire le patrimoine?

Dès le début de l’année 1980, le ministre de la culture et de la communication Jean-Philippe Lecat a lancé le départ d’une grande campagne annoncée depuis plusieurs mois: l’Année du patrimoine.

Depuis les salines d’Arc-et-Senans, le ministre lance cet événement qui durera douze mois lors d’une cérémonie publique. Il est entouré de jeunes garçons et de jeunes filles pour marquer le passage de 1979 (Année de l’Enfance) à 1980 (Année du Patrimoine). Le gâteau géant qu’il découpe est orné de motifs représentant les différents types de patrimoine de France.

Le ministre précise ses intentions avec cette campagne: elle doit sensibiliser les Français, les éveiller à ce qui les entoure, les faire apprécier les monuments et les sites pour à terme les préserver. Cette sensibilisation doit transformer les citoyens en acteurs de la protection du patrimoine. Le ministre donne ensuite des exemples de quelques événements qui jalonneront cette année.


Commentaires

Analyse média

Ce reportage, diffusé le 2 janvier, est le tout premier à concerner cette campagne. Durant toute l’année 1980 elle sera fortement médiatisée, faisant l’objet de nombreux JT et d’émissions spéciales.

Détail à noter
La cérémonie a lieu aux Salines d’Arc-et-Senans, en Franche-Comté, mais c’est tout juste si on a une vue du bâtiment: il faut attendre les dernières secondes du sujet pour apercevoir une partie de l’ensemble. Un quasi oubli assez étonnant.

Plus de vidéos
Dans la Patrimathèque
Quelques mois plus tard, le ministre participait à une grande émission sur le sujet dans Les dossiers de l’écran ▶︎


Sur ina.fr

Au mois de décembre, Jean-Philippe Lecat faisait le bilan de l’année dans une émission rétrospective. Deux extraits sont à voir: ses intentions ▶︎ et les conséquences ▶︎.

Thématiques à explorer
#l’Année du Patrimoine (1980) ▶︎
#le patrimoine civil
 ▶︎

Document bonus

En 2009, Jean-Philippe Lecat se rappelait encore de ce lâcher de montgolfières. Cet événement était très important pour lui  ▶︎

Les chaînes de télévision avaient prévu beaucoup de programmes spéciaux pour l’année 1980. TF1 (encore une chaîne publique à l’époque) s’était félicitée d’avoir autant suivi l’Année du Patrimoine. Lisez l’interview d’une responsable de l’époque  ▶︎


A découvrir

La saline royale d’Arc-et-Senans ▶︎


Idée de visite

La saline se visite également ▶︎


Lancement de l’Année du Patrimoine (1980)

Jean-Philippe Lecat sur l’Année du patrimoine (2009)

 

    La direction du Patrimoine fut créée en 1978, alors que j'étais ministre de la Culture et de la Communication. À cette occasion, le président de la République, Valéry Giscard d'Estaing, nous conseilla très judicieusement de ne pas nous précipiter et de commencer par établir des contacts avec les associations avant de mettre le patrimoine sur le devant de la scène. C'est donc en 1980 que nous sommes partis d'Arc-et-Senans, en montgolfière, pour aller à la rencontre du public. Notre surprise fut grande lorsque nous avons réalisé que ce projet, conçu dans les cercles ministériels et administratifs, rencontrait l'attente profonde du peuple français. Nous avons entamé un dialogue avec près de 16 000 associations consacrées au patrimoine, chiffre auquel nous ne nous attendions pas du tout et qui a étonné l'ensemble du ministère. Grâce à elles et à leur soutien matériel — à l'époque, le secteur de la culture était certes riche d'idées mais bien peu de crédits —, cette initiative connut un grand rayonnement qui lui a permis de toucher le cœur même de la population.

    À cette occasion, nous avons découvert qu'en 1980, une politique du patrimoine était attendue par le peuple français, de manière presque inconsciente. Certains, peu bienveillants, verront là le signe d'un malaise, d'un refus de la modernité ; d'autres au contraire, dont je fais partie, avanceront l'idée plus exaltante que le respect du patrimoine passé favorise la création d'un patrimoine nouveau.

 

Source: Élie Barnavi et Maryvonne de Saint-Pulgent (dir), Cinquante ans après: culture, politique et politiques culturelles, Paris, France, Comité d’histoire du Ministère de la culture, 2010.
 

L'année du patrimoine sur TF1

 

« Le sens de l’année du patrimoine à la télévision »
e
ntretien avec Monique Trnka,
secrétaire générale pour les programmes à TF1

 

    TF1 Magazine– Le Ministre de la Culture et de la communication, Jean-Philippe Lecat, a dit que le patrimoine craint surtout l’indifférence des hommes. Est-ce que la télévision n’est pas l’un des outils pour lutter contre ce danger ?

    Monique Trnka– Oui, et cela pour deux raisons :
    En premier lieu, la télévision permet de faire disparaître l’indifférence qui nait de l’absence de connaissance. Grâce à elle, tout les chefs d’œuvre du patrimoine sont accessibles à tous les hommes et cela, mon seulement dans le cadre national, mais aussi mondial. Il y a moins de 50 ans, une œuvre de Rameau ou même de Molière était écoutée ou vue chaque année par quelques milliers de spectateurs : une seule retransmission en atteint aujourd’hui plusieurs millions. « Louise » de Charpentier, ou « Lucrèce Borgia » de Victor Hugo auront été vues, en 1980, grâce à la Télévision par plus de monde que depuis leur création il y a 80 ou 150 ans…

    En second lieu, cette mise à disposition de tous se complète par la notion d’élargissement du contenu du patrimoine. La télévision permet de découvrir tous les aspects et toutes les formes de celui-ci. Le patrimoine n’est pas l’apanage des seules disciplines artistiques classiques, mais également l’apport, à l’âme collective d’une nation de la présence de chacun de ses membres de sa réalité quotidienne : conteurs témoins du passé, artisans de tous les métiers ne se souviennent ou ne travaillent plus seulement pour eux mais aussi pour tous. Grâce à la Télévision, nous n’avons plus seulement une histoire comme patrimoine, nous avons maintenant une mémoire commune.

    TF1 M.– La télévision en tant que média sensibilise l’opération tout étant, à la fois un instrument et une mémoire pour le patrimoine Mais, n’est-elle pas, également, un « patrimoine » en soi ?

    M.T.– Le patrimoine devenu mémoire plus vaste, est aussi une présence permanente et continue. Son existence, son contenu peuvent être rappelés à tous moments (sic). Il n’est donc plus une donnée du passé, mais devient une conscience vivante et à cet égard, le développement des nouvelles technologies de l’audiovisuel le rendra encore plus présent. Son existence ne s’apprend plus : elle s’impose. Ainsi se trouve réalisé le rêve des pédagogues : l’enseignement et la culture reposent sur un passé qui, parce qu’il demeure vivant, inspire le progrès à venir. Grace à la télévision, le patrimoine devient ainsi pour le plus grand nombre ce qu’il était pour une élite, le fondement de la cohésion nationale, le sentiment d’appartenir à une civilisation.
Mais le rôle de la télévision n’est pas seulement celui d’une mémoire qui révèle et fait revivre un acquis culturel extérieur. La télévision est elle-même source de création par les œuvres originales qu’elle suscite. À cet égard, la politique d’auteurs pratiquée par TF1 a permis un réel renouvellement de l’expression télévisuelle à travers la série « Caméra une première » ou l’écriture des documentaires dramatisés par exemple. La télévision peut aussi par les grands directs créer un événement, comme « Ce soir Versailles » qui a permis de faire revivre, en cette année 1980, dans le décor prestigieux de Versailles avec la Comédie Française et l’Opéra de Paris, les fastes du grand siècle, et cela pour des millions de téléspectateurs.

    TF1 M.– Pour nous résumer, la télévision est-elle aussi, dans votre esprit, autant un moyen de sensibilisation que de célébration ?
    M.T.– Il va de soi que toute production nouvelle, toutes coproduction cinématographique, toute création télévisuelle participent du patrimoine futur. L’année 1980 a été à cet égard, un révélateur, et un état d’esprit que TF1 s’est efforcé de traduire à travers les choix de sa politique de programme. Ainsi, l’année du patrimoine a été pour notre société, l’occasion de produire et de diffuser des émissions consacrée aux richesses culturelles, artistiques, humaines, architecturales, naturelles, scientifiques de la France et de ses régions. Ce souci c’est également retrouvé dans les sujets des missions choisis d’un commun accord avec le Fonds de création du Ministère de la Culture et de la Communication, et dans les projets soutenus dans le cadre des commissions des courts-métrages cinématographiques.

Cet effort, à la fois des Responsables de programme et des créateurs pour donner un contenu concret à la notion de patrimoine et pour la perpétrer à travers la création d’aujourd’hui, à permis double prise de conscience : la télévision en cette année 1980 à en effet contribué pour une large part, à permettre au public d’avoir le sentiment d’appartenir à une forme de civilisation qui caractérise son identité nationale, mais aussi de participer à la réalisation de cette communauté culturelle. Le patrimoine n’est plus un mot, il est devenu une réalité qui appartient à tous et surtout qui dépend de chacun. C’est peut-être la sensibilisation à ce dernier point qui fera l’originalité de l’action de la télévision dans ce domaine.

    TF1 M.– Qu’est-ce que le « décloisonnement » auquel TF1 s’est particulièrement attaché ? Comment le définit-on et quel est en est son principal intérêt ?

    M.T.– L'effort de « décloisonnement » de TF1 correspond au souci de ne pas enfermer un genre dans un style, un contenu dans un genre et un public dans un style, ou un contenu donné. À l’approche de l’ère de l’édition audiovisuelle, lorsque chacun pourra choisir ses programmes en fonction de ses goûts, de sa culture et de son environnement, la télévision doit plus que jamais éviter les scléroses et apporter une ouverture pour tous les publics sur la culture, les courants de pensée, la science, la vie contemporaine…

    Le décloisonnement des genres, des styles et des individus devrait en même temps permettre la découverte de nouvelles formules, de nouvelles écritures audiovisuelles, de nouveaux créateurs adaptant leur écriture à leur personnalité plutôt qu’à des normes préexistantes.

    L’année du patrimoine a servi d’exemple pour cette politique de TF1. Les thèmes abordés n’ont été à travers l’ensemble des programmes, et différents publics auront été sensibilisé à l’architecture, à l’histoire, à la littérature, aux traditions régionales, tant à travers les variétés, les sorties du journal télévisé, les retransmissions de spectacles en direct, les magazines spécialisés, qu’à travers de nouvelles formes d’expression télévisuelle (œuvres du répertoire classique traditionnel comme « Tartuffe », tournés en décors naturels, documentaires scénarisés comme « Louis XI », fictions-documentaires comme « La nuit du général Boulanger », concerts retransmis en vidéo comme le « Requiem de Faure », adaptations télévisuelles très différentes des adaptations théâtrales comme « Le neveu de Rameau », etc…).

    Ce décloisonnement dépasse même la télévision. Il a notamment permis une politique de coopération efficace entre le cinéma et la télévision, l’Opéra et la Télévision, la Comédie Française et la Télévision, les musées…

    Révélé à l’occasion de l’année du patrimoine, le décloisonnement est une nouvelle étape dans l’histoire de la télévision. En effet, la télévision a changé : il n’y a plus d’un côté la culture, de l’autre la distraction avec un public spécifique dans l’un et l’autre cas. Il y a différentes façons pour un même public d’aborder les problèmes du monde dans lequel nous vivons et d’accéder à travers toutes les formes d’émissions, aux connaissances qui permettront de mieux le comprendre.

    TF1 M.– Le 31 décembre sera-t-il une clôture, ou les efforts de TF1 continueront-ils à porter sur le patrimoine français en 1981 ?

    M.T.– 1980 n’a été ni un départ, ni une clôture, mais un temps de réflexion, d’approfondissement, et de communication avec le public sur la présence du patrimoine dans notre vie quotidienne.

    Cette prise de conscience de l’importance de notre patrimoine doit être source de dynamisme et d’exigence pour la création d’aujourd’hui. Elle implique aussi un certain nombre de règles vis-à-vis de notre public qui doit associer sens du souvenir et esprit d’invention.

    C’est pourquoi il appartient aux Responsables de programmes de permettre à la télévision, non seulement de continuer à assurer son rôle de témoin des créations passées et à venir mais aussi de promouvoir la création, de susciter l’innovation, sous ses formes les plus diverses y compris l’art audiovisuel, car ce sont ces créations toutes ensembles qui, si nous les rendons accessibles, constitueront le patrimoine de demain.

    La politique menée en 1980 sera dans poursuivie car elle n’est pas spécifique d’un moment, même si cette année du patrimoine a été le révélateur qui a permis de donner à un concept abstrait, un contenu concret qui appartient à tous. Le Patrimoine s’enrichit en effet chaque jour dans l’apport des uns et des autres. Cet enrichissement est devenue une constante de l’action de TF1.

 

« L’année du patrimoine sur TF1 », TF1 Hebdo, n°52 bis spécial, décembre 1980

Directeur de publication : Jean-Louis Guillaud.
Réalisation et rédaction : délégation des relations avec la presse.