Fiche biographique: Pierre de Lagarde

 

 

 

 

 

 

 

Pierre de Lagarde

 

     Journaliste, réalisateur et producteur de télévision, Pierre de Lagarde a commencé sa carrière à la radio. Il entre à la RTF comme reporter en 1959, et couvre notamment le concile de Vatican II en 1962. Ce sujet ne semble pas du au hasard car Pierre de Lagarde n’a jamais caché être un catholique pratiquant. Tout au long de sa carrière, les sujets qu’il traite en tant que journaliste, et les commentaire qui les accompagnent, témoignent d’un profond attachement à un catholicisme intransigeant*.

     En 1962 toujours, il débute une nouvelle rubrique dans le journal parlé de France-Inter, dans laquelle il alerte l’opinion sur les monuments et les œuvres menacées. Cette rubrique reçoit pour titre « Chefs d’œuvre en péril ». Dans plusieurs interviews, il a expliqué l’origine de cette rubrique: il s’était rendu en Normandie à la demande de son rédacteur-en-chef pour enquêter sur la disparition d’une statue dans une petite église. D’abord peu motivé, il se prend de passion pour ce sujet une fois sur place. Son reportage lui a valu des réactions enthousiastes d’auditeurs, ce qui a confirmé son désir de se spécialiser sur les monuments historiques en danger*.

     En 1964 il passe de la radio à la télévision et lance l’émission Chefs  d’œuvre en péril sur la toute nouvelle deuxième chaîne. L’émission durera jusqu’en 1992 non sans transformations. Elle fut même suspendue entre 1972 et 1976 en raison d’un différend entre Pierre de Lagarde et le ministre de la Culture Maurice Druon. Le journaliste a en effet fortement critiqué l’administration des architectes des bâtiments de France ainsi que mis en cause la lenteur de l’Inventaire général des richesses artistiques.

     Quand il revient à l’antenne en 1976, Pierre de Lagarde fait face à de plus en plus de désintérêt. Le public se détourne petit à petit et son émission est reléguée à des heures de faible écoute. Même s’il a su intégrer de nouveaux types d’objets à son émission, sa conception du patrimoine est restée très restreinte. Le ton de son émission a également vieilli, et il n’est plus en phase avec les programmes de son époque.

     Après l’arrêt de Chefs d’œuvre en péril en 1992, il quitte Antenne 2 et le service public. Il réalise alors des films documentaires pour la chaîne confessionnelle KTO dans lesquels. Se limitant désormais aux édifices catholiques, il explore l’art et l’architecture religieux.

     En parallèle qu’il créait son émission de télévision, il publiait aussi une revue, Monuments en péril, et surtout organisait un concours qui portait lui aussi le titre « Chefs d’œuvre en péril ». Chaque année ce concours mettait à l’honneur des bénévoles qui restauraient le patrimoine dégradé, et un prix récompensait le chantier le plus méritoire.

 

 

 

*Voir par exemple dans l’émission du 5 janvier 1965 sa conversation avec l’abbé de Saint-Benoît-sur-Loire dans laquelle il se moque à demi-mot des changements liturgiques introduits par le concile de Vatican II de 1962.

 

 

 

 

 

 

 

 

*Lire le récit qu’il en a fait en 1965

 

 

 

Fiche biographique: Pierre de Lagarde
Présentation de Chefs d'œuvre en péril par Pierre de Lagarde en 1965
 

    C’est tout à fait par hasard que j’ai eu l’idée de lancer une campagne pour la protection des monuments historiques en France.
    Un jour, alors que j’appartenais à l’équipe du "Journal parlé", mon rédacteur en chef m’envoya en Normandie enquêter sur la disparition de statues d’Eglises. Sujet bien mince, me semblait-il.
    Pourtant, sur place, je changeai d’avis. Sans doute, ni le maire ni le curé qui étaient responsables de la disparition de ces statues ne voulurent répondre à mes questions, mais je découvris au fond d’une église une carte postale représentant une petite Sainte-Barbe du XVe siècle avec une chevelure de Mélisande. Ce fut le coup de foudre. Comment avait-on pu faire disparaitre de gaieté de cœur une statue de cette importance et de cette beauté ?
    Revenu à Paris, je me lançai au micro dans un compte rendu indigné. Dans les jours qui suivirent, quarante lettres d’auditeurs m’étaient adressées.
    J’en fus stupéfait. Jusqu’à présent, j’avais cru que pour recevoir du courrier, il fallait s’appeler Brigitte Bardot, ou, plus modestement… faire des fautes de français. Or je m’apercevais que les monuments de leur pays intéressaient un grand nombre de mes compatriotes.

    C’était là un phénomène nouveau.
    Car le même reportage diffusé trente ans plus tôt, aurait suscité certainement de bien moindres réactions.

Pierre de Lagarde, « Chefs d’œuvre en péril »,
Les cahiers littéraires ORTF, 3e année, n°18, 20 juin 1965, p. 20-23