Fiche: la fierté

 

fiche analyse

 

à retenir

  • c’est un discours construit et affirmé
  • il repose sur des récits et des mythes
  • il s’appuie sur les identité régionales et nationales

 

 

autre fiche

  • l’identité nationale ▶︎

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

autre fiche

  • le divertissement télévisé sur le patrimoine ▶︎

 

 

 

 

autre fiche

  • passé, présent, futur ▶︎

 

autre fiche

  • les Journées Européennes du Patrimoine ▶︎

 

 

autre fiche

  • l’identité régionale ▶︎

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

schéma

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Comment le patrimoine peut-il susciter un sentiment de fierté ?

 

Pourquoi le patrimoine est-il utilisé pour susciter un sentiment de fierté nationale?

Les années 1950 et 1960 sont un moment de recentrage sur l’hexagone. Les guerres d’indépendance ont privé la France de ses colonies et conduit à un rétrécissement du territoire. Depuis que l’empire n’existe plus, la France a cherché par d’autres moyens à affirmer sa puissance. Le patrimoine répond à un besoin de cette époque: il rappelle la gloire de la France et la grandeur de sa culture.

Le sentiment de fierté s’appuie sur le pouvoir évocateur du patrimoine: évocateur du passé national, de l’histoire du groupe, incarnation de la symbolique et des valeurs de la nation ou de la République (les « lieux de mémoire » chers à Pierre Nora).

Cet usage du patrimoine sert d’abord les besoins de la nation en récits fédérateurs et en objets symboliques autour desquels se rassembler; mais il sert aussi les discours défensifs du patrimoine.

Cela n’est pas sa fonction première : au départ, patrimonialiser permet de sauver des monuments. Le patrimoine c’est un ensemble d’objets et de lieux protégés qu’il faut conserver et transmettre.

L’idée qu’il pourrait servir à susciter un sentiment de fierté est donc le fruit d’une volonté conscience.

 

Qui sont ceux qui ont diffusé cette idée?

Ils sont de trois types: les spécialistes ou érudits, les politiques, et les passionnés.

Un intellectuel de la période révolutionnaire, Quatremère de Quincy, estimait que les « vestiges » du passé (on ne parlait pas encore de patrimoine) méritaient d’être conservés en tant que témoignage du passé:

[Que deviendrait l’histoire des arts si les] édifices dépositaires du génie de chaque siècle, au lieu d’acquérir en vieillissant cette vénération publique qui doit les rendre sacrés, se trouvaient condamnés, comme les productions éphémères de la mode, à ne paraitre un jour que pour faire place à ceux du lendemain?

Quatremère de Quincy, lettre publiée dans le Journal de Paris en 1787

Deux siècles plus tard, le ministre Jean-Philippe Lecat emploie le même terme:

Les monuments sont le témoignage du génie d’un peuple et marquent chaque étape de notre civilisation.

« Jean Philippe Lecat sur l’Année du Patrimoine », IT1 13h, 16 octobre 1979, TF1

Les passionnés et les bénévoles, eux aussi, ont eu tout intérêt à monter que les sites et les monuments qu’ils défendent sont une source de fierté pour les Français: pour justifier leur action et pour rallier des curieux à leur combat.

 

Comment s’y prennent-ils?

Leurs arguments sont les suivants:

  • Le patrimoine permet de célébrer les générations passées;
  • Il est l’expression du génie humain… mais surtout du génie français;
  • Il est l’incarnation de la richesse culturelle de la France;
  • Il témoigne de la grandeur – sinon de la supériorité – de la civilisation française.

Les médias, en diffusant les discours de ces personnes, ont repris leurs arguments. Pour exemple le premier numéro d’un jeu télévisé sur le patrimoine ne 1980: son présentateur Georges de Caunes le définit ainsi:

[Le patrimoine c’est] ce que nous avons finalement ici de plus précieux, c’est à dire tout ce que nous ont laissé nos anciens, nos ancêtres, tous les legs de ce passé, qui font la grandeur de l’époque actuelle.

Georges de Caunes, émission du 13 janvier 1980, Tous contre trois, FR3

Même si le discours semble le même au cours du temps, on peut tout de même observer une légère évolution à la fin du XXe siècle:

  • Depuis les années 1950: conserver le passé est un moyen de rendre hommage aux ancêtres.
  • A partir de 1980: le patrimoine est un outil de célébration de la nation toute entière, aussi bien de ses citoyens d’aujourd’hui que de ceux d’hier.

En se réunissant autour du patrimoine lors d’événements, de commémorations ou des Journée du Patrimoine, les Français se rassemblent aussi autour de valeurs: celles de l’humanité, du partage. C’est en tout cas ce qu’affirment les discours officiels ainsi que certains reportages.

 

Parcours au fil de l’Yonne (1978)

Une fierté locale et régionale

Le patrimoine contribue pour une grande part à l’identité culturelle d’une région (une fiche est dédié à ce sujet). Ainsi, c’est avec une fierté amoureuse que le journaliste Max-Pol Fouchet fait découvrir sa région d’adoption, l’Yonne, dans un parcours historique et champêtre.

 

 

Canular: une route va couper la place Stanislas (1987)

A Nancy, la place Stanislas est un symbole de la cité qui suscite la fierté des lorrains. Aussi, lorsqu’un canular télévisé leur fait croire qu’une nouvelle route va la traverser que pour cela il faudra déplacer sa statue, ils y sont vivement opposés.

 

 

 

La France peut-être fière de son patrimoine et aussi… du fait qu’elle le conserve

  • Parce que les Français consentent à des sacrifices financiers pour cela
  • Parce que les conservateurs et restaurateurs français sont particulièrement compétents

Le génie français s’observe ainsi d’un bout à l’autre de la chaîne patrimoniale, depuis la création des artefacts jusqu’à leur transmission. Ainsi que le proclame le journaliste Pierre de Lagarde dans une de ses émissions:

Une civilisation ne se juge pas sur l’argent que des hommes entassent dans leur cave, mais sur celui qu’ils sacrifient à la beauté.

Pierre de Lagarde, « Les châteaux », Chefs d’œuvre en péril, 10 novembre 1964

 

Bibliographie
  • Jean Davallon, « Tradition, mémoire, patrimoine », in Patrimoines et identités, Québec, Multimondes, 2002, p. 41‑64.
  • Gérard Noiriel, A quoi sert l’identité nationale, Marseille, Agone, 2007.
  • Krzysztof Pomian, « Patrimoine et identité nationale », Le Débat, 159-2, 2010, p. 45.
  • Bernard Schiele, Patrimoine et identités, Québec, Multimondes, 2002.

Fiche: la fierté