Fiche: le vandalisme

 

fiche repère

 

à retenir

  • Le « vandalisme » désigne toute action malveillante sur le patrimoine
  • Le terme est subjectif et doit être utilisé avec précaution
  • La dénonciation du vandalisme est une alerte lancée par les défenseur du vandalisme

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

chronologie

  • années 1960: alerte, monuments en péril ▶︎

autre fiche

  • quand le patrimoine n’intéressait qu’une petite élite ▶︎

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

document à lire

  • Un extrait d’un rapport célèbre rédigé par l’Abbé Grégoire en 1794 ▶︎

autres fiches

  • les polémiques ▶︎
  • les mesures de protection: le classement ▶︎
  • les mesures de protection: l’UNESCO ▶︎

 

 

 

 

à découvrir sur Wikipedia

  • Les bouddhas de Bâmiyân ▶︎
  • La cité antique de Palmyre ▶︎

à voir sur ina.fr

  • Un documentaire de 2000 sur Palmyre ▶︎

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Qu’est-ce que le vandalisme et pourquoi est-il si important pour la notion de patrimoine ?

 

La notion de patrimoine ne peut exister sans celle de vandalisme

C’est l’Abbé Grégoire qui, sous la première République, a inventé cet terme pour qualifier les destructions volontaires d’édifices lors d’émeutes révolutionnaires puis d’actes malveillants. Dès l’origine donc, le vandalisme est une attaque physique portée sur le patrimoine, une attaque à sa matérialité.

Cette lutte contre le vandalisme fut à l’origine de l’idée de patrimoine puisqu’elle aboutit à reconnaitre que des édifices sont tellement précieux qu’ils doivent être préservés de l’action du temps et de la main de l’homme.

Cette association du vandalisme au patrimoine est une exception française. Selon certains spécialistes, elle explique pourquoi, dès le début, le patrimoine est presque « sacré ».

 

Quelles sont les causes du vandalisme?

Selon les défenseurs du patrimoine, c’est l’ignorance et la criminalité qui sont à l’origine du vandalisme depuis ses origines. Les cas de dégradation criminelle sont toutefois peu nombreux. Depuis la Révolution Française, les atteintes au patrimoine sont davantage le résultat d’une méconnaissance des édifices et de leur valeur (historique, artistique…).

Chefs d’œuvre en péril: les quartiers anciens (1964)

Pour un défenseur actif comme Pierre de Lagarde, auteur de l’émission Chefs d’œuvre en péril, les Français ne sont pas assez sensibilisés à l’importance et l’intérêt des « vieilles pierres ». C’est ainsi qu’il s’est donné pour mission de les éduquer – ce qui voulait dire leur transmettre son goût et sa sensibilité pour la culture classique.

Les défenseurs du patrimoine ont aussi eu tendance à qualifier de « vandalisme » les opérations immobilières qui se font en détruisant des quartiers anciens ou en défigurant le paysage. Certains usages du mot sont clairement abusifs, d’autres sont discutables. Le baron Haussmann, responsable de grands travaux dans la capitale entre 1853 et 1870, est considéré comme un agent du vandalisme par l’historien de l’art Alexandre Gady.

 

Quelles sont les conséquences du vandalisme?

▪ Le vandalisme agit comme un révélateur
Il révèle l’intérêt d’un édifice dès lors qu’il est menacé, partiellement ou totalement détruit. Les actes de vandalismes produisent généralement un effet sur le public, qui prend (ou reprend) conscience de la valeur d’un patrimoine au moment où il est attaqué.

▪ Le vandalisme est fédérateur
Parce qu’il choque, il permet de mobiliser l’opinion. Souvent, il a donné lieu à des mouvements de solidarité parce qu’il touche un point sensible et suscite des émotions. Le vandalisme entraine en effet des réactions d’émotion, de l’indignation, de la nostalgie. Ces mouvement sont susceptibles de bénéficier à la défense du patrimoine.

▪ Le vandalisme est une alerte
« Je créais le mot pour tuer la chose. » Cette phrase célèbre est de l’Abbé Grégoire. Il a souhaité nommer ce phénomène pas seulement pour le dénoncer mais pour attirer l’attention. Il espérait que le vandalisme serait combattu et disparaitrait.

Tous ceux qui dénoncent le vandalisme le font en espérant une réaction positive et à terme une protection du patrimoine. Mais pour cela, généralement, il ne suffit pas d’attirer l’attention des autorités: il faut aussi toucher l’opinion. C’est pourquoi la communication est importante est que de nombreuses polémiques sont orchestrées autour des actes de vandalisme

 

Le vandalisme d’hier à aujourd’hui

Aujourd’hui, il y a beaucoup moins d’actes de « vandalisme », et le terme n’est presque plus utilisé. Les actes de malveillance ont fortement diminué parce que les Français sont largement sensibilisés au patrimoine. Reconnaissant la valeur historique, esthétique, symbolique des édifices patrimonialisés, ils sont moins enclins à le détruire délibérément, ou à le laisser détruire par d’autres. Les aménagements, destructions et constructions sont également très encadrés pour éviter la perte de lieux irremplaçables.

Le « vandalisme » existe toujours sous la forme de la destruction symbolique et mémorielle du patrimoine:

  • En 2001 les Talibans ont dynamité les bouddhas de Bamiyan en Afghanistan
  • En 2015 les armées de Daesh ont pris détruit des section de la cité antique de Palmyre en Syrie

 

Bilan

Attention aux usages du mot « vandalisme » : lorsqu’il est employé aujourd’hui, il est fortement subjectif. On le retrouve surtout chez les défenseurs les plus zélés et les plus conservateurs. Souvent, le terme est employé dans des situations qui ne sont pas comparables au vandalisme de la période révolutionnaire: quelqu’un qui n’apprécie pas un aménagement autour d’un site patrimonial aura vite tendance à employer le mot, de manière abusive donc.

Le terme est devenu très fort et très utile pour dénoncer des adversaires: tous ceux qui sont ainsi assimilés à des « vandales » voient leur image ternie auprès du public. La bataille du patrimoine se joue aussi auprès de l’opinion, et pour cela les médias sont très utiles.

 

Bibliographie
  • Jean-Yves Andrieux, Patrimoine et histoire, Paris, Belin, 1997.
  • Françoise Choay, L’allégorie du patrimoine, Paris, Seuil, 1992.
  • Marie-Blanche Fourcade, Patrimoine et patrimonialisation : entre le matériel et l’immatériel, Québec, Presses de l’Université Laval, 2007.

Fiche: le vandalisme

L’Abbé Grégoire contre le vandalisme lors de la Révolution

 

   

     Le mobilier appartenant à la Nation a souffert des dilapidations immenses parce que les fripons, qui ont toujours une logique à part, ont dit : nous sommes la nation ; […]

     C'est dans le domaine des arts que les plus grandes dilapidations ont été commises. Ne croyez pas qu'on exagère en vous disant que la seule nomenclature des objets enlevés, détruits ou dégradés, formerait plusieurs volumes. La commission temporaire des arts, dont le zèle est infatigable, regarde comme des conquêtes, les monuments qu'elle arrache à l'ignorance, à la cupidité, à l'esprit contre-révolutionnaire, qui semblent ligués pour appauvrir, et déshonorer la Nation.

     Tandis que la flamme dévore l’une des plus belles bibliothèques de la République, tandis que des dépôts de matières combustibles semblent menacer encore d’autres bibliothèques, le vandalisme redouble ses efforts. Il n'est pas de jour où le récit de quelque destruction nouvelle ne vienne nous affliger : les lois conservatrices des monuments étant inexécutées ou inefficaces, nous avons cru devoir présenter à votre sollicitude un rapport détaillé sur cet objet. La Convention nationale s’empressera sans doute de faire retentir dans toute la France le cri de son indignation, d'appeler la surveillance des bons citoyens sur les monuments des arts pour les conserver, et sur les auteurs et instigateurs contre-révolutionnaires de ces délits, pour les traîner sous le glaive de la loi. […]

     Inscrivons donc, s’il est possible, sur tous les monuments, et gravons dans tous les cœurs cette sentence : « Les barbares et les esclaves détestent les sciences, et détruisent les monuments des arts ; les hommes libres les aiment et les conservent ».

Abbé Grégoire, Rapport sur les destructions opérées par le Vandalisme et les moyens de le réprimer, séance du 14 Fructidor, l’an second de la République une et indivisible (31 aout 1794)

Davantage d’extraits sur le site de l’Assemblée nationale.