Fiche: les belles images

 

fiche analyse

sommaire du dossier

  • une visibilité croissante
  • la banalisation du patrimoine
  • des programmes pour des publics spécifiques
  • le divertissement
  • les belles images
  • l’homogénéité des programmes
  • quand la télévision vient au secours du patrimoine

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

à voir sur youtube

  • Une séquence de Secrets d’histoire sur l’abbaye de Royaumont tournée en drone 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Pourquoi le patrimoine s’accompagne t-il de « belles images » ?

 

D’où vient cette idée que le patrimoine produirait de belles images?

Les publications de la revue National Geographic et du magazine Geo sont célèbres pour leurs photographies de paysages. Parmi les plus emblématiques on citera les séquences sous-marines dans les mers chaudes à la faune colorée, les plans de plages tropicales aux eaux turquoises, les survols de sommets enneigés et de canyons à la pierre d’un orange vif.

Ces photographies ont perfectionné ce qui était déjà visible au début du XXe siècle dans les revues du Touring Club, à savoir une esthétisation des paysages. Une tradition en est issue: celle du reportage visuellement riche et illustré d’images spectaculaires.

C’est l’une des origines de cette association patrimoine–belles images, qui va bien au delà de la nature et des paysages, et concerne aussi les monuments.

 

La tentation des belles images

Inventaire des richesses en Provence (1972)

« Comment ne pas céder au moins une fois à la tentation de belles images ? » C’est qu’on peut entendre dans ce magazine sur la Provence lors d’une séquence sur un petit village médiéval. Cette « tentation », en réalité, peu d’émissions y résistent quand il s’agit de patrimoine, tant on voit fréquemment une volonté de mettre en valeur les monuments. Par exemple, Jean-Pierre Pernaut demande toujours à ses journalistes qu’ils rapportent des images plaisantes à l’œil.

Les professionnels cherchent à produire de belles images surtout quand ils filment des paysages naturels qui sortent de l’ordinaire, de grands monuments, et des sites célèbres. Il s’agit donc souvent de sites dont les téléspectateurs savaient à l’avance qu’ils sont beau.

 

Qu’est-ce que les « belles images »?

Elles sont le résultat d’une recherche d’esthétisation de ce qui est filmé, que ce soi un monument ou un paysage, par l’utilisation de la technique audiovisuelle. Cela passe par la composition des plans, les choix de cadrage, les détails filmés, le jeu du mouvement et du zoom, le travail de la lumière. Mais aussi l’utilisation de techniques audiovisuelles particulières comme le ralenti, les lentilles déformantes, les prises de vue aériennes.

Survol de la chaîne des Puys en Auvergne (2016)

Les vues aériennes sont très recherchées pour filmer des monuments et des paysages. A l’origine prises depuis un hélicoptère, elles sont depuis quelques années réalisées grâce à des drones radiocommandés. Aujourd’hui leur utilisation est devenu quasi systématique dans les programmes sur le patrimoine.

 

La prochaine fois que vous regarderez un numéro de Des racines et des ailes ou de Secrets d’histoire, prêtez attention à la teinte de l’image: les lumières sont vives et les couleurs éclatantes. Il s’agit d’un traitement des images en post-production qui accentue les contrastes et la saturation des couleurs. Associé à une utilisation de la haute définition et du 16:9ᵉ, le résultat est spectaculaire, même s’il s’éloigne de la réalité en la magnifiant.

 

Le style travaillé des documentaires

Les « belles images » sont surtout le privilège des émissions documentaires car c’est un genre qui attache plus d’importance que les autres à la qualité de sa réalisation. Certains ont un style visuel qui emprunte plus au cinéma qu’à la télévision. Contrairement aux sujets de JT produits dans l’urgence, les documentaires bénéficient d’un meilleur matériel et d’un temps de production plus confortable qui permettent de soigner les images. Ils sont aussi produits par des réalisateurs expérimentés qui apportent la touche artistique qui fait parfois défaut à la télévision.

On peut citer les séries documentaires Architecture et géographie sacrée ou encore Le temps des cathédrales, qui proposent des plans d’une qualité visuelle alors jamais vue dans les programmes sur le patrimoine.
L’historien Georges Duby, concepteur de la série Le temps des cathédrales, était épaté par le travail de Roland Darbois, talentueux réalisateur de télévision:

 Les rushes qui me furent soumis au retour étaient splendides. Toutes ces œuvres d’art dont je croyais n’ignorer aucun détail, j’avais l’impression de les découvrir. La caméra les avait saisies sous un angle imprévu. Elle avait en outre moissonné au passage quantité d’images à quoi je n’avais pas songé. Les nefs d’églises, vidées de tout leur mobilier, avaient été rendues à la pureté de leurs structures, et l’on avait monté des échafaudages assez haut pour photographier à hauteur d’œil les tympans ou les verrières. Ainsi m’apparaissaient des couleurs, des formes que je n’avais jamais vues.

Georges Duby

Bilan

Pourquoi un téléspectateur regarde t-il ces programmes? Parce que, tacitement, on lui promet qu’il en apprendra un petit peu sur histoire et la géographie. Mais aussi, parce qu’on lui promet des images belles et insolites. En définitive, le spectacle visuel est devenu une des promesses des programmes sur le patrimoine.

Toutefois, attention à ne pas donner trop de poids aux exemples cités: en soixante ans de télévision, les belles images du patrimoine sont plutôt rares et assez tardives. L’immense majorité des programmes est marqué au contraire par une grande banalité visuelle, sinon une pauvreté.

Bibliographie
  • Georges Duby, L’histoire continue, Paris, Seuil, 1991, p. 181.
  • Michel Le Guénic, « Nos régions » selon Jean-Pierre Pernaut: pétainisme ou pittoresque ?, Paris, France, France Europe éd., 2003, p. 87.

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