Fiche: les traumatismes

 

fiche analyse

 

à retenir

  • ils font partie intégrante du patrimoine et de son histoire
  • ils sont un témoignage de l’attachement des Français
  • ils peuvent êtres utiles à la prise de conscience et à l’action collective
  • l’histoire du patrimoine, c’est aussi l’histoire de nos émotions collectives

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chronologie

  • années 1960: les quartiers anciens sont menacés ▶︎
  • années 1970: la nature est un patrimoine ▶︎
  • années 1970: les campagnes en danger ▶︎

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dossier

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

a voir sur ina.fr

  • une courte vidéo sur la reconversion de la gare d’Orsay en musée ▶︎

 

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Pourquoi peut-on parler de « traumatismes » au sujet du patrimoine ?

 

Un traumatisme est un « Violent choc émotionnel provoquant chez le sujet un ébranlement durable » (TLF). Ce terme, d’usage psychologique, peut bel et bien s’utiliser au sujet du patrimoine. Attention toutefois, nous parlons ici de traumatismes chez les Français, et non sur le patrimoine.

 

Dès les origines

Le cas est bien connu: après la Révolution Française, de nombreuses églises et propriétés de nobles ont été saccagées ou détruites. Pour certains Français de l’époque ce fut un traumatisme. Encore aujourd’hui quelques Français critiquent les auteurs du « vandalisme » révolutionnaire. Pourtant, il cet épisode a constitué une étape indispensable pour prendre conscience de la valeur et de l’intérêt de ces édifices. En effet, après cela, des mesures de protection ont été prises. Ce traumatisme fut donc utile à la réflexion.

Depuis cet épisode fondateur, l’histoire du patrimoine est marquée par une successions de chocs et de traumatismes collectifs. Or on relève plusieurs événements de cette nature à la fin du XIXe et au début du XXe siècle:

  • la vente aux enchères en 1899 de L’Angélus de Millet, que des Américains ont failli acquérir;
  • le vol de La Joconde en 1911;
  • les destructions de la Première Guerre mondiale et notamment le bombardement de la cathédrale de Reims de 1914 à 1918;
  • le musée des Cloisters à New York, construit dans les années 1930 à partir de morceaux d’abbayes de la France emportés aux États-Unis;

Chacun de ces événements a suscité un choc sur le moment et a été abondamment commenté dans les médias, mais seul le traumatisme de la cathédrale de Reims a durablement marqué les esprits.

 

Les trois fonctions des traumatismes

L’histoire du patrimoine peut être vue comme une suite de ruptures et de changements dans nos croyances collectives et nos modes de vie (c’est ce que dit l’historien et philosophe Krzysztof Pomian). Les traumatismes ne sont pas seulement des soubresauts, ils jouent un rôle dans l’histoire du patrimoine et dans les changements de nos perceptions collectives.

 

Chefs d’œuvre en péril: les quartiers anciens (1964)

1. Les traumatismes font redécouvrir des lieux et des objets

Plusieurs de ces chocs et ces traumatismes collectifs ont permis de redécouvrir des lieux et des édifices oubliés: c’est le cas des quartiers anciens qui étaient menacés dans les années 1960.

C’est aussi le cas de l’environnement : une prise se conscience générale survient dans les années 1970 sur la fragilité de la nature, notamment suite aux catastrophes comme les marées noires. Également, tout le courant ethnologique visant à préserver le petit patrimoine rural et la mémoire des campagnes est né d’un traumatisme, plus diffus et moins éclatant, mais tout aussi violent: la disparition progressive de la civilisation paysanne devant la modernisation du territoire.

 

2. Les traumatismes ont permis de révéler des patrimoines inconnus

Un bon exemple est l’architecture du XIXe siècle. Elle a été reconnue seulement après le choc provoqué par la destruction des Halles de Paris. Ce drame, qui a occasionné une très longue et très vive polémique, a forcé les spécialistes à réévaluer l’intérêt historique et patrimonial de cette architecture récente et originale qui n’était, jusqu’alors, pas jugée digne d’être conservée.

A Longwy le patrimoine industriel peine à être reconnu (1997)

On peut aussi citer le patrimoine industriel: dans les bassins industriels et miniers, les habitants ont vécu le drame de la désindustrialisation, dont les conséquences ont été d’abord sociales et économiques. Lorsque les anciennes usines ont été menacées de destruction, les anciens ouvriers ont réalisé qu’il s’agissait d’un patrimoine à sauvegarder. C’est le cas par exemple des anciennes aciéries de Longwy.

 

3. Les traumatismes peuvent faire réagir les administrations

Au cours de cette histoire, plusieurs fois les traumatismes ont accéléré la reconnaissance officielle de certains types de patrimoine. Dans les deux cas cités précédemment, c’est sous l’action populaire et notamment des associations que les administrations ont décidé de prendre en compte l’architecture du XIXe siècle (la gare d’Orsay a été sauvée « grâce » à la polémique sur les Halles) et de préserver des sites industriels fermés.

Plus généralement, les traumatismes ont souvent débouché sur des actions ponctuelles de préservation (classement en urgence, vote d’un budget exceptionnel…). C’est un des effets de la publicité négative occasionnée par ces épisodes de vive émotion collective, qui sont souvent très médiatisés.

 

Bilan

L’histoire du patrimoine, c’est donc aussi l’histoire de nos émotions collectives.

 

Bibliographie
  • Krzysztof Pomian, « Musée et patrimoine », in Patrimoines en folie, Paris, France, Éditions de la Maison des sciences de l’homme, 1990, p. 195.
  • Jean-Pierre Babelon et André Chastel, La notion de patrimoine, Paris, L. Lévi, 1994, p. 19.

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