Fiche: l’identité nationale

 

fiche analyse

 

à retenir

  • Le patrimoine est un héritage collectif partagé
  • Le patrimoine n’est pas systématiquement un symbole de l’identité national
  • Il ne l’est pas non plus par nature
  • La fonction identitaire du patrimoine a été construite volontairement
  • L’identité est une justification à la conservation du patrimoine

 

autres fiches

  • l’identité régionale ▶︎

 

graphique

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

fiche biographique

 

 illustration

    • Dessin de propagande dénonçant la menace germanique sur la culture française, en l’occurrence sur la cathédrale de Reims 

 

 

 

 

 

 

 

Comment le patrimoine exprime-t-il l’identité nationale ?

 

Un héritage partagé

Par définition, le patrimoine est un héritage partagé. Entre qui? Entre les membres d’une même communauté. Cette communauté est généralement nationale, mais peut aussi être régionale.

L’une des fonctions du patrimoine est d’inspirer un sentiment d’appartenance à une communauté nationale. En tant qu’héritage collectif, il appartient à tous les Français sans distinction: il est donc l’un des traits en commun des membres de la nation, comme la langue. Toute personne qui est française ou choisit de le devenir devient en même temps héritière du patrimoine national, et en assume donc la responsabilité partagée.

C’est en tout cas de cette façon que les choses sont présentées par les politiques, les intellectuels, et dans les médias. D’ailleurs on entend souvent à son propos qu’il s’agit d’un « bien commun » qui appartient à « tous les Français ».

 

Patrimoine et identité, un lien construit

 

Pour 97% des Français, le rôle du patrimoine est de transmettre la mémoire, c’est-à-dire le souvenir collectif d’un passé et d’une identité partagée (Opinionway 2016). L’idée, aujourd’hui, est largement acceptée comme le montre ce sondage ci-contre. Pourtant, le patrimoine n’est pas par nature une expression de l’identité nationale, ce sont des hommes et des femmes qui l’ont décidé consciemment.

Le patrimoine culturel, par définition, c’est l’héritage qui est jugé digne d’être conservé et transmis aux générations suivantes. La question de l’identité n’est pas présente au départ. Comment s’est-elle ajoutée?

Dès la Révolution, les défenseurs de ce qu’on n’appelait pas encore le patrimoine ont utilisé plusieurs arguments pour conserver les édifices, les églises, les objets menacés:

  • ils évoquent le passé
  • ils sont un signe du génie français
  • ils permettent aux Français de se sentir membres d’une communauté nationale du fait qu’ils se rassemblent autour de sites et d’objets qui leur évoquent un passé collectif

Cela a été répété au fil des décennies, et encore aujourd’hui, les mêmes arguments sont employés par les défenseurs.

L’identité, c’est donc aussi une justification : parce qu’il incarne une identité nationale française, le patrimoine doit être préservé.

 

Le patrimoine, un moyen de souder la communauté nationale

C’est en fait la culture toute entière qui doit servir à inspirer, chez les Français, le sentiment qu’il font partie d’une même nation. Cette volonté n’est pas nouvelle, mais elle est réaffirmée par André Malraux. La culture – et donc le patrimoine – doit transmettre des valeurs.

En faisant de la culture un objet de sa politique, l’État français se donnait, dans les années soixante, un nouveau moyen d’assurer la cohésion nationale.

(Jean Caune)

Rappelons nous de la Première Guerre mondiale. Entre 1914 et 1918, les Allemands ont bombardé la cathédrale de Reims de près de 300 obus. A la fin de la guerre, elle n’est plus qu’une ruine. Cet événement a profondément traumatisé les Français. La propagande française en a fait un argument choc: les Allemands sont traités de barbares qui s’en sont pris à la culture en ciblant un chef d’œuvre du génie français. Dans cette guerre nationaliste, la cathédrale devient un symbole de l’identité nationale.

 

Bibliographie
  • Arlette Auduc, Quand les monuments construisaient la Nation : le service des monuments historiques de 1830 à 1940, Comité d’histoire du ministère de la Culture, La Documentation Française, 2008.
  • Jean Caune, « La politique culturelle initiée par Malraux. Une certaine idée de l’art », Espaces Temps, 13 avril 2005 (en ligne).
  • Claire Maingon, « L’instrumentalisation du patrimoine blessé. Paris, 1916 : l’Exposition d’œuvres d’art mutilées ou provenant des régions dévastées par l’ennemi au Petit Palais », In Situ, 23, 27 février 2014 (en ligne).
  • Krzysztof Pomian, « Patrimoine et identité nationale », Le Débat, 159-2, 2010, p. 45.

Fiche: l’identité nationale

La cathédrale de Reims menacée par la "Kultur Krupp" (en référence aux canons allemands), dessin de propagande de la Première Guerre mondiale.

Sur wikipedia: l'histoire de la cathédrale de Reims