Fiche: passé, présent, futur

 

fiche analyse

 

à retenir

  • le patrimoine convoque le passé
  • il tente de préparer l’avenir
  • il est toujours élaboré à partir des problèmes du temps présent
  • le patrimoine nous en apprend sur le rapport au temps de notre société

 

 

 

chronologie

  • années 1960: les quartiers anciens sont menacés ▶︎
  • années 1970: les campagnes en danger ▶︎
  • années 1970: la nature est un patrimoine ▶︎
  • années 1990: le patrimoine industriel

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

chronologie

  • années 1980: la décennie des superlatifs ▶︎

 

 

 

 

autre fiche

  • patrimoine, histoire et mémoire ▶︎

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Comment le patrimoine révèle notre rapport au passé, au présent et au futur ?

 

Un rapport privilégié avec le passé

Le patrimoine, comme le « Monument historique » avant lui, a un rôle de médiation : il doit servir à la remémoration du passé. A première vue, le patrimoine concerne d’abord et essentiellement le passé. Après tout, il est constitué d’objets hérités de temps antérieurs, légués par ceux qui nous ont précédés. Il s’agit donc de traces conservées avec l’intention de garder présents et visibles des morceaux du passé dans notre présent.

Plusieurs des prises de conscience patrimoniales sont issues de la crainte de voir disparaitre un peu de ce passé:

  • Années 1960: les quartiers anciens ont été protégés afin de ne pas laisser s’envoler l’histoire des centres-villes.
  • Les « Trente Glorieuses »: la modernisation du territoire et l’étalement des villes a fait craindre de voir disparaitre les formes d’habitat traditionnel et les modes de vie (dans les campagnes par exemple), ce qui a développé un intérêt pour le « petit » patrimoine et les villages.
  • Années 1970: l’idée de protéger la nature fait suite à des catastrophes et des atteintes répétées sur le cadre de vie et les ressources naturelles, qui ont fait craindre une extinction d’espèces animales et végétales ainsi que la disparition des paysages et l’empoisonnement durable de la nature.
  • 1979: la gare d’Orsay est finalement sauvée afin de conserver un bel élément de l’architecture du XIXe siècle.
  • Années 1990: d’anciens ouvriers du Nord et de l’Est se mobilisent pour que les vestiges des anciennes usines soient préservées et, avec elles, l’histoire de l’industrie et du travail ouvrier.

Le patrimoine nous révèle comment nous pensons notre rapport au passé. Dans le même temps, les mesures de protection sont toujours une articulation passé-présent-futur: il s’agit de conserver les traces d’hier pour le bénéfice d’aujourd’hui et de demain.

 

Le patrimoine, une projection vers le futur

La protection est une décision qui engage les descendants : ils ont l’obligation de prendre notre relève. Le patrimoine donne donc des responsabilités aux générations futures et part du principe qu’elles continueront à l’entretenir.

Le patrimoine culturel est destiné en priorité à des générations futures. Il extériorise et rend visibles les liens qui nous unissent, d’une part, à celles qui nous ont précédés et, d’autre part, à celles qui suivront – liens qui ne se réduisent ni à une succession dans le temps ni à une simple filiation génétique, mais sont fondés sur une communauté de valeurs et de significations.

Krzysztof Pomian

Dans ce sens, le patrimoine montre notre notre volonté de baliser le futur : nous savons par avance que les traces de notre passé seront toujours là demain. C’est une manière de se rassurer face à l’incertitude de l’avenir, une sorte de garantie que nos descendants n’oublieront pas leur histoire.

 

Le patrimoine, inscrit dans le présent

Le patrimoine est toujours un choix: que conserver? que voir disparaitre? La société, à chaque instant, choisit de quel passé elle a envie de se souvenir. Le patrimoine est donc pensé à partir du présent, ce n’est pas le passé qui s’impose à nous. Un chercheur a même proposé l’image suivante: le patrimoine, c’est comme si les enfants choisissaient leurs parents, une « filiation inversée » (Jean Davallon).

Un historien, qui a constaté lui aussi le nouveau statut du patrimoine depuis les années 1980, explique que les Français vivent une « crise du temps » depuis les années 1990: le présent est devenu écrasant, c’est ce qu’il appelle le « présentisme » (François Hartog).

Ainsi, la fonction attribuée – consciemment ou non – au patrimoine par certains Français, c’est de donner du sens au présent. Face à la peur de perdre en valeurs ou en identité, le patrimoine permet d’inclure le passé dans le présent. Le patrimoine est une manière de se rassurer sur ce dont sera fait demain en confiant aux générations futures les œuvres héritées du passées: ainsi, on ne semble plus concevoir le futur sans présence du passé. Justement, pour François Hartog, la crise du temps et le présentisme s’expriment aussi dans l’incapacité à formuler un projet pour le futur.

Cela rejoint la place écrasante de la mémoire dans notre société contemporaine. Or la mémoire collective se construit elle aussi toujours à partir du présent (c’est l’affirmation du sociologue Maurice Hallbwachs).

 

Bilan

Etudier la place du patrimoine à un temps donné permet donc de saisir le rapport au temps de notre société.

 

Bibliographie
  • Jean Davallon, « Le patrimoine: “une filiation inversée”? », Espaces Temps, vol 74‑75, 2000, p. 6‑16.
  • Christian Delacroix, François Dosse et Patrick Garcia, Historicités, Paris, la Découverte, 2009.
  • Hervé Glevarec, « Le nouveau régime d’historicité porté par les associations du patrimoine », in Concurrence des passés : usages politiques du passé dans la France contemporaine, Aix-en-Provence, Publications de l’université de Provence, 2006, p. 24‑35.
  • François Hartog, Régimes d’historicité : présentisme et expériences du temps, Paris, Seuil, 2003.
  • Krzysztof Pomian, « Patrimoine et identité nationale », Le Débat, 159-2, 2010, p. 47
  • Marie-Anne Sire, La France du patrimoine : les choix de la mémoire, Paris, Gallimard Monum, Éditions du patrimoine, 2005.

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