La cathédrale de Chartres illuminée la nuit (2006)

«Illuminations à Chartres»
13 heures
28/07/2006
France 2

 

Orange, bleu, violet. Une diapositive projetée sur la façade et voici les statues colorées de la tête aux pieds.

Comment cette vidéo éclaire le patrimoine?

Ce reportage du JT montre le spectacle proposé chaque nuit de l’été 2006 dans la ville de Chartres: l’illumination de plusieurs monuments parmi lesquels la cathédrale. Les images projetées racontent l’histoire de la ville et présentent des œuvres exposées au musée des beaux arts ; sur la cathédrale les illuminations permettent aussi de reconstituer les couleurs originelles du décor de la façade, aujourd’hui disparues.

Le spectacle semble attirer les foules (plus d’un million et-demie de personnes sont attendues pour la saison) et les passants se déclarent satisfaits. C’est un exemple de la remise en valeur du patrimoine par des nouvelles scénographies et des spectacles (même si les « sons et lumière » existent en France depuis les années 1960), qui redonnent de l’intérêt à des monuments parfois un peu ignorés des habitants.


Commentaires

Analyse média

Le journaliste lance ce sujet en disant « On termine avec de belles images… ». L’organisation d’un JT reflète une hiérarchisation des sujet d’information, et la culture est souvent placée en fin de journal, avant les sports et la météo. Cette hiérarchisation s’observe depuis les JT des années 1960 au moins.

Plus de vidéos
Dans la Patrimathèque
Une vidéo sur les illuminations de la cathédrale d’Amiens ▶︎


Sur ina.fr

Un sujet diffusé en 1983 lors du classement de la cathédrale de Chartres au patrimoine mondial de l’UNESCO ▶︎

Thématiques à explorer
#le partimoine religieux ▶︎
#le classement par l’UNESCO
 ▶︎

Document bonus
Un poème de Charles Peguy sur Chartres▶︎


A découvrir
La cathédrale de Chartres ▶︎


Idée de visite
Des visites à Chartres autour du patrimoine ▶︎


La cathédrale de Chartres illuminée la nuit (2006)
Poème de Charles Peguy sur Chartres

 

Étoile de la mer voici la lourde nappe
Et la profonde houle et l’océan des blés
Et la mouvante écume et nos greniers comblés,
Voici votre regard sur cette immense chape

Et voici votre voix sur cette lourde plaine
Et nos amis absents et nos cœurs dépeuplés,
Voici le long de nous nos poings désassemblés
Et notre lassitude et notre force pleine.

Étoile du matin, inaccessible reine,
Voici que nous marchons vers votre illustre cour,
Et voici le plateau de notre pauvre amour,
Et voici l’océan de notre immense peine.

Un sanglot rôde et court par-delà l’horizon.
À peine quelques toits font comme un archipel.
Du vieux clocher retombe une sorte d’appel.
L’épaisse église semble une basse maison.

Ainsi nous naviguons vers votre cathédrale.
De loin en loin surnage un chapelet de meules,
Rondes comme des tours, opulentes et seules
Comme un rang de châteaux sur la barque amirale.

Deux mille ans de labeur ont fait de cette terre
Un réservoir sans fin pour les âges nouveaux.
Mille ans de votre grâce on fait de ces travaux
Un reposoir sans fin pour l’âme solitaire.

Vous nous voyez marcher sur cette route droite,
Tout poudreux, tout crottés, la pluie entre les dents.
Sur ce large éventail ouvert à tous les vents
La route nationale est notre porte étroite.

Nous allons devant nous, les mains le long des poches,
Sans aucun appareil, sans fatras, sans discours,
D’un pas toujours égal, sans hâte ni recours,
Des champs les plus présents vers les champs les plus proches.

Vous nous voyez marcher, nous sommes la piétaille.
Nous n’avançons jamais que d’un pas à la fois.
Mais vingt siècles de peuple et vingt siècles de rois,
Et toute leur séquelle et toute leur volaille

Et leurs chapeaux à plume avec leur valetaille
Ont appris ce que c’est que d’être familiers,
Et comme on peut marcher, les pieds dans ses souliers,
Vers un dernier carré le soir d’une bataille.

Nous sommes nés pour vous au bord de ce plateau,
Dans le recourbement de notre blonde Loire,
Et ce fleuve de sable et ce fleuve de gloire
N’est là que pour baiser votre auguste manteau.

Nous sommes nés au bord de ce vaste plateau,
Dans l’antique Orléans sévère et sérieuse,
Et la Loire coulante et souvent limoneuse
N’est là que pour laver les pieds de ce coteau.

Nous sommes nés au bord de votre plate Beauce
Et nous avons connu dès nos plus jeunes ans
Le portail de la ferme et les durs paysans
Et l’enclos dans le bourg et la bêche et la fosse.

Nous sommes nés au bord de votre Beauce plate
Et nous avons connu dès nos premiers regrets
Ce que peut receler de désespoirs secrets
Un soleil qui descend dans un ciel écarlate

Et qui se couche au ras d’un sol inévitable
Dur comme une justice, égal comme une barre,
Juste comme une loi, fermé comme une mare,
Ouvert comme un beau socle et plan comme une table.
[…]

 

Charles Peguy, Présentation de La Beauce à Notre-Dame de Chartres, (publié dans la NRF en 1916).