Les secrets des tableaux du Louvre (1959)



« La double vie des chefs d’œuvre »
En direct de… : le laboratoire du musée du Louvre
06/03/1959
1ère chaîne

 

C’est assez extraordinaire et impensable pour le promeneur qui passe devant le Louvre d’imaginer dans ce vieux palais un équipement aussi moderne.

Comment cette vidéo éclaire le patrimoine?

Dans cette émission en direct, les téléspectateurs ont pu découvrir que le Louvre dispose d’un laboratoire, et que les tableaux anciens conservés par le musée y font l’objet d’études scientifiques très poussées. Le but de ces études est autant de découvrir les peintures qui se cachent sous la surface, que de comprendre la détérioration des tableaux.

Magdeleine Hours, directrice du laboratoire du Louvre, présente, exemples à l’appui, le travail de son équipe et montre plusieurs des appareils utilisés dans les recherches (rayonnements visibles et invisibles). A plusieurs reprises le journaliste Jean Thévenot compare ce travail à celui d’un médecin ou d’un chirurgien pour faire comprendre la nature des études et des interventions de l’équipe de Magdeleine Hours.


Commentaires

 Analyse média

Il s’agit du premier rendez-vous d’une longue série entre les téléspectateurs et Magdeleine Hours. Cette émission en direct fut une sorte de test qui conduisit à la création d’une collection dédiée, Les secrets des chefs d’œuvre, quelques mois plus tard. Madeleine Hours se révéla être très à l’aise devant une caméra.

Détail à noter
La séquence de l’observation au microscope n’est pas très télégénique en raison des limitations techniques de l’époque. Quelques années plus tard, ce genre de séquence sera rendue plus « parlante » au moyen d’un dispositif plus conséquent (par exemple dans Objectif demain en 1980).

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Qui est-ce?

La fiche biographique de Magdeleine Hours ▶︎

Thématique à explorer
#les sciences et le patrimoine ▶︎
#le musée du Louvre ▶︎

Document bonus
Un texte écrit par Magdeleine Hours pour présenter ses émissions de télévision ▶︎


Idée de visite

Le département des peintures du musée du Louvre ▶︎


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Le pavillon de Flore du Palais du Louvre ▶︎


Les secrets des tableaux du Louvre (1959)

Magdeleine Hours à propos de Secrets des chefs d'œuvre et de ses autres émissions

    C’est au cours d’une visite au Laboratoire de recherches des Musées de France, effectuée en 1949 par André Malraux, que j’eus l’opportunité de lui présenter les plus beaux documents photographiques et radiophoniques exécutés dans notre service.

    En 1958, André Malraux, devenu pendant un temps assez court, ministre de l’Information du gouvernement du général de Gaulle, me fit savoir que j’aurais à présenter à la télévision les documents dont l’intérêt l’avait frappé quelques années plus tôt.


    Je fis un choix et me rendis auprès d’Albert Ollivier, alors directeur des Programmes de la Télévision française. Ce dernier fut vite convaincu de l’intérêt de ces images insolites et me mis en contact avec Philippe Ragueneau à qui je fis part de mon inquiétude d’avoir à tenir l’antenne seule pendant vingt-six minutes.

    C’est alors MM. Debouzy et Anjubault, chargés d’assurer la mise sur antenne, me mirent en rapport avec Jean Thévenot qui possédait une culture certaine et avait une longue expérience de la radio. Ayant pris contact avec lui, je fis un premier projet de quatre émissions, comprenant à chaque fois, vingt ou trente documents qui devaient être tirés sur grand format, contrecollés sur un contreplaqué marine, afin d’être parfaitement plans. L’entretien entre Jean Thévenot et moi-même devait être libre après un découpage préalable écrit par mes soins.


    Le thème varierait, mais la présentation serait toujours la même : partir de la réalité d’un chef d’œuvre puis le situer dans l’œuvre du Maître dans son ensemble. La caméra ferait une exploration lente, de manière à ce que le public, même non initié, puisse suivre aisément nos propos (l’émission devait passer à une heure de grande écoute, vers 21 heures 30), sans pour autant rompre le fil de l’observation du document, car à l’origine, en raison de la sécurité exigée par la conservation des chefs d’œuvres(sic), il n’était pas question de présenter les tableaux en direct.


    La qualité extrêmement piquée de l’image, en "noir et blanc" ne l’oublions pas, était admirablement rendue sur l’écran. Le rythme lent était une de mes exigences. Le réalisateur de talent, Claude Daguès, avec qui nous avons collaboré étroitement pendant des années, avait parfaitement compris cette exigence, qui était d’autant plus justifiée que nous passions d’une image de surface du tableau à des documents scientifiques obtenus sous rayonnement ultra-violet, infra-rouges ou rayons X, dont l’intérêt était réel mais si nouveau qu’il nécessitait une explication précise. C'est-à-dire qu’il s’agissait de faire un retour constant sur l’image normale de surface de tableau afin de permettre au téléspectateur de mesure l’importance des révélations de chacun des documents scientifiques en mixant l’image de surface avec le même détail obtenu sous l’une ou l’autre des radiations utilisées et, de là, en parallèle, naissait un dialogue entre Jean Thévenot posant les questions du spectateur et moi-même y répondant.


    Le but de cette émission était une découverte de l’état du tableau afin d’établir un diagnostic proche de celui du médecin en utilisant un vocabulaire médical simple, familier à tous, et en soulignant également le travail de l’artiste.

    Le fait matériel qu’est aussi une œuvre d’art, est plus accessible au grand public que le discours des historiens d’art qui est tout à fait étranger aux non initiés.


    La beauté des images, les macro-photographies de détail, ont laissé dans l’esprit du public des souvenirs durables. La critique fut si bonne que dès la troisième émission, il fut décidé d’en prévoir huit. Finalement la première série, intitulée Les Secrets des Chefs d’œuvre, eut plus de 30 émissions, à raison de 10 par an de 1959 à 1964 ; certaines furent réalisées par Jean-Paul Carrère.
    J’animais cette série dont j’étais l’auteur, le producteur et le présentateur avec, pendant un bon nombre d’émissions, la participation de Jean Thévenot et celle de certains de mes collègues, à titre exceptionnel, lorsqu’il s’agissait d’une émission donnée à l’occasion d’une exposition dont ils étaient commissaires (exemple Delacroix avec Maurice Serrullaz).


    Cette série fut reprise en film noir et blanc par le ministère des Affaires étrangères et diffusée dans les instituts du monde entier.
    Avant cette première série, André Malraux m’avait dit : "il faut que vous vous adressiez aux mineurs du Nord". C’était une image, mais il avait parfaitement raison d’évoquer un public de techniciens, d’ouvriers spécialisés, d’artisans. Mon objectif étant bien de démontrer que toute œuvre d’art est une œuvre de la main autant que de la pensée de l’artiste ainsi que l’a souligné Paul Valéry au fronton du Trocadéro : "Ici, j’abrite les œuvres de la main et de la pensée de l’artiste, l’une n’est rien sans l’autre".
    Le beau travail, la qualité du panneau, l’analyse du bois, la résurrection par les rayons X de la démarche de l’artiste, tous pouvaient la suivre et les pourcentages d’écoute atteignirent des chiffres très élevés (80%).
    Le procédé appliqué à l’étude des peintures, pour laquelle nous disposons d’un très grand nombre de documents, le fut aussi à l’étude des objets archéologiques et à des expositions à partir de 1963.


    Cette série fut reprise sous le même titre à partir de 1968 sur films couleurs réalisés par Alexandre Tarta et, cette fois exécutée d’après les œuvres elles-mêmes, dont certaines furent réalisées par Jean-Paul Carrère.

Texte rédigé par Magdeleine Hours vers 1974 (date exacte inconnue) déposé dans les archives de l'INA.