Fiche: les mythes

 

fiche analyse

 

à retenir

  • certains défenseurs du patrimoine s’appuient sur des mythes
  • ces mythes servent de justification
  • ils peuvent conforter un projet politique de transformation de la société

 

 

 

autres fiches

  • l’idéalisation de la France ▶︎
  • un repli national ▶︎

 

 

 

 

 

chronologie

  • années 1970: la nature est un patrimoine ▶︎
  • années 1970: les campagnes en danger ▶︎

 

 

 

autres fiches

    • la nature est un patrimoine ▶︎
    • les campagnes en danger ▶︎

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  autre fiche

  • l’émotion et le patrimoine 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Quels sont les mythes qui reviennent le plus souvent au sujet du patrimoine ?

 

Trois mythes reviennent fréquemment dans les discours sur le patrimoine:

  • La terre chrétienne
  • La France rurale et paysanne
  • Le mythe des origines autour de la nature

 

Le mythe de la terre chrétienne

Les églises sont une préoccupation majeure des partisans du patrimoine. Historiquement c’est la plus ancienne et la plus récurrente, que ce soit à la Révolution Française avec le vandalisme, ou avant la Première Guerre mondiale avec Maurice Barrès. Le milieu des défenseurs du patrimoine est très marqué par le désir de protéger les églises, qui s’explique aussi par l’attachement à la religion catholique. Certains défenseurs du patrimoine ont même une obsession pour les églises, à l’image de Pierre de Lagarde qui lance son émission Chefs d’œuvre en péril pour sauver les quartiers anciens mais surtout les églises.

Parmi les plus ardents défenseurs du patrimoine religieux, le courant intellectuel contre-révolutionnaire et catholique intransigeant est très puissant. Pour les penseurs de ce courant, défendre les églises c’est en fin de compte défendre une certaine idée de la société qui serait en décadence ; ils espère voir renaître une France qui renouerait avec des « racines », davantage tournée vers la religion et la ruralité. Mais l’histoire de France dont ils se réclament est en réalité un mythe.

 

Le mythe de la France rurale et paysanne

Comparativement aux autres pays industriels, la France est restée plus longtemps marquée par la ruralité et la paysannerie. La transition avec la modernité fut donc plus tardive et plus brutale. Les Français n’ont pas tous bien vécu la formidable progression de la ville et de l’industrie dans les « Trente Glorieuses ».

La civilisation des Cévennes se meurt (1972)

 

Au cours des années 1970, les Français se sont rendus compte que la civilisation paysanne était menacée, et certains ont souhaité en sauvegarder des objets et en enregistrer la mémoire. L’émission de télévision Inventaire* l’a fait à sa façon, comme ici dans les Cévennes. Cette position prend donc le contrepied du discours dominant des années Pompidou puis Giscard d’Estaing qui glorifiait la modernisation. Cette émission en montre le revers.

 

A côté de ces initiatives archéologiques et patrimoniales, un autre discours s’est développé et s’épanouit encore aujourd’hui. En défendant les campagnes et ses habitants, il réhabilite une société d’antan idéalisée, son mode de vie, ses valeurs. Ce discours n’est pas scientifique et s’appuie lui aussi sur des mythes : il glorifie le travail de la terre, les « bon sens paysan », les sociabilités rurales, les traditions régionales et la famille patriarcale. Intellectuellement, ce courant se situe dans la continuité de la pensée contre-révolutionnaire et de la France de Vichy.

Il est courant de voir de telles critiques adressées au journal de Jean-Pierre Pernaut, lequel accorde une grande place à la défense des traditions, des villages et du petit patrimoine. Il montre aussi une défiance face à la ville et montre une obsession pour le rural menacé.

Nous sommes bien dans le cas d’une utilisation de la défense du patrimoine à des fins politiques puisque cela vise à la transformation de la société.

 

Le mythe des origines

La défense de la nature s’appuie sur des arguments scientifiques (la sauvegarde des espèces et des ressources) mais aussi sur des arguments subjectifs et esthétiques (la protection de la beauté paysages).

La vallée des anges mise en danger par une autoroute (1978)

Une partie des discours, notamment ceux qui font appel aux émotions, se réfère à un mythe originel : celui de la nature pure et inviolée, d’une sorte de jardin riche et fertile. La référence est biblique (le paradis perdu), mais pas seulement: Jules César a décrit la Gaule comme un territoire jonché de forêts luxuriantes, et de là est né un mythe qui a perduré jusqu’à nos jours. Le mythe du paradis perdu se retrouve dans la défense des campagnes, par exemple ici pour la « vallée des anges ».

 

Ces discours ne font pas qu’idéaliser le territoire, ni déplorer la destruction de l’environnement: ils formulent aussi un projet, celui de limiter l’expansion de la ville et la présence des activités nuisibles (bruits, pollutions…). Il s’agit donc d’un récit décliniste, mais qui se veut aussi force de proposition en faveur de modèles alternatifs.

 

Bibliographie
  • Patrice Beghain, Le patrimoine: culture et lien social, Paris, Presses de Sciences po, 1998.
  • François Furet, Patrimoine, temps, espace: patrimoine en place, patrimoine déplacé. Actes des entretiens du patrimoine 1996, Paris, Fayard, Editions du patrimoine, 1997.
  • Krzysztof Pomian, « Patrimoine et identité nationale », Le Débat, 159-2, 2010, p. 45.
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