Années 1950

 

 

 

Le patrimoine avant le patrimoine

 

 

Un terme encore peu employé

     Dans les années 1950, le terme patrimoine n’était pas encore utilisé dans son sens actuel. A cette époque, les contemporains parlaient plus volontiers de « chefs d’œuvre » ou de « trésor ». L’idée du patrimoine se limite pour ainsi dire aux « monuments historiques », qui sont une catégorie officielle reconnue par les institutions et les ministères depuis le XIXe siècle.

     Un édifice ou un objet, dès lors qu’il est « classé » monument historique par le ministère de la Culture, est protégé et ne peut plus être cédé. Cette décision est prise en raison de l’intérêt historique, artistique, architectural mais aussi technique ou scientifique de cet objet.

Voir aussi: la liste des sites et édifices classés Monument Historique sur le site du ministère de la Culture 

     On comprend donc qu’à cette période, dans l’esprit des professionnels de la culture et des Français intéressés par le sujet, le « patrimoine » est très homogène: il est limité aux édifices chrétiens, aux châteaux fortifiés, aux demeures princières, et aux collections de musées. Autrement dit il est limité aux lieux de pouvoir et aux biens qui historiquement ont appartenu aux élites et aux puissants.

 

Le début du tourisme

     Même si tous les Français ne s’intéressent pas encore à ce qui deviendra le patrimoine, certains commencent à comprendre que tous ces lieux, tous ces édifices, ne sont pas seulement destinés à être évoqués dans des livres mais qu’ils peuvent se visiter.

     Au sortir de la guerre, les Français peuvent s’abandonner à la redécouverte du territoire national et envisager de nouveau des excursions touristiques pour le plaisir. Les Français redécouvrent les richesses et les beautés de leur pays.

Fiche: le tourisme patrimonial

     On peut aussi se demander si la décolonisation n’aurait pas accentué le phénomène. Avec la perte de son empire, la France est désormais recentrée sur l’espace métropolitain. D’où, peut-être, un besoin d’exalter le territoire hexagonal, comme pour se rassurer d’avoir encore des motifs de fierté, et que la perte des colonies n’a pas privé les Français de l’essentiel.

 

Le tourisme sur le petit écran

     Plusieurs émissions de découverte incitant les Français au tourisme vont suivre. Voyage sans passeport d’abord, couvrant exclusivement des destinations étrangères; puis Dimanche en France qui proposera un parcours à travers les grandes et moyennes villes de l’Hexagone. Dès les années 1950 germe donc l’idée d’un tourisme patrimonial.

     A cette époque, tous les Français sont encore loin de pouvoir s’offrir des vacances dans des destinations lointaines. Or la télévision se donne justement pour mission de montrer des images du monde entier. Une émission comme Voyage sans Passeport porte donc bien son nom. Ses créatrices n’ont pas encore de conscience patrimoniale, leur objectif est de permettre au téléspectateur de s’évader.

     Les promenades télévisuelles se font aussi dans l’Hexagone. Chaque numéro de Dimanche en France est consacré à une ville différente. Ses lieux emblématiques, mais aussi ses traditions parfois populaires. De numéro en numéro, de ville en ville, le programme souligne le charme et la douceur de vivre d’une France un peu assoupie. La conscience patrimoniale est en germe dans ce programme bien ancré dans son temps présent; tout ce qu’on peut y voir sera considéré comme du patrimoine à compter de la décennie suivante.

Fiche: une France idéalisée

 

Faut-il vraiment utiliser le terme « patrimoine » à cette époque?

     Au final, pour les années 1950, on peut parler de « proto-patrimoine » parce que la notion est en gestation. Le mot de « patrimoine » n’est pas utilisé à cette époque et aucun terme ne lui correspond vraiment. On relève l’emploi de l’expression « ressources monumentales », « richesse archéologique » et « richesse touristique », mais aussi des qualificatifs très génériques tels que « objet témoin », « repère » ou « point d’ancrage ». L’idée de richesse peut éventuellement laisser entendre qu’il faut préserver et transmettre les objets désignés. Autre expression employée et que l’on reverra beaucoup, celle des « chefs d’œuvre ». Elle a l’avantage d’être suffisamment large pour couvrir des objets très différents en plus de laisser entendre l’idée d’un « génie français ».

     C’est véritablement dans les années 1970 que le terme « patrimoine » commence à se diffuser, et son usage triomphe surtout à partir des années 1980.

Fiche: l’histoire du mot « patrimoine » 

     Le succès de la notion de patrimoine, à partir des années 1960, s’explique notamment parce que la France entre dans une période de transformations sociales et culturelles, et un nouveau contexte national et international. Les Français vont avoir besoin d’éléments rassurants et de motifs de fierté.

Fiche: la fierté 

Médias

 

 

 

 

 

 

 

 

Les monuments historiques par département

 

 

 

Parcours touristique en France (1951)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Voyage en Espagne (1959)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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