Un patrimoine « classique »

 

Dans la continuité des années 1950, une notion au périmètre encore limité

 

     C’est à partir des années 1960 que le terme patrimoine reçoit le sens qu’on lui connait encore aujourd’hui. Le terme n’est pas encore bien défini mais il désigne un héritage précieux légué par les générations antérieures. Ce terme s’impose à ce moment là car il permet de recouvrir un domaine plus large que ceux employés jusque là, comme « trésors » ou « monuments historiques ». Néanmoins dans la continuité des années 1950, le terme renvoie d’abord aux monuments anciens et aux Beaux-Arts, qui sont depuis longtemps déjà reconnus comme précieux et dignes d’être conservés.

 

Un début d’ouverture

     Au cours des années 1960 toutefois, le patrimoine commence sa mutation. Dans les années 1960, les militants du patrimoine vont défendre des petites églises paroissiales, des chapelles et des castelets qui ont une symbolique plus régionale que nationale. Ils vont aussi défendre des quartiers anciens avec des immeubles et des hôtels particuliers construits en leur temps par l’élite urbaine. Sans aller jusqu’à une reconnaissance pleine et entière de ce qu’on appelera le « petit » patrimoine (qui émergera dans les années 1970), on voit un début d’ouverture vers des héritages plus modestes et plus locaux, pas nécessairement reliés à l’histoire nationale.

Chronologie: années 1970, le « petit » patrimoine 

 

Un patrimoine qui reste homogène

     L’ouverture que l’on vient de décrire doit être relativisée: le patrimoine reste encore fortement homogène dans les années 1960. Les édifices patrimoniaux ont encore en commun d’être d’anciens lieux de pouvoir de l’élite urbaine marchande (les hôtels particuliers), religieuse (les cathédrales), municipale (les hôtels de ville, les parlements), ainsi que nobiliaire (manoirs, jardins) et monarchique (résidences royales). Ces lieux ont conservé un grand prestige dans la France du XXe siècle, à la fois pour leurs fonctions originelles, pour la qualité de ceux qui les ont habités, mais aussi pour leur valeur esthétique: ces eédifices devaient montrer la puissance et la richesse de ceux qui les ont commandés.

     Ainsi, dans les années 1960, ce qui est appelé « patrimoine » relève du musée, du monument ou du site historique ou naturel.

 

Un patrimoine « classique » ou « noble »

     On peut parler de patrimoine « classique » dans la mesure où il s’accorde complètement avec la définition de la culture classique: celle des belles lettres et des Beaux-Arts, de la culture valorisée et valorisante, c’est à dire une culture de l’élite. Même si les contemporains commencent alors à parler de « patrimoine national » (par exemple le ministre André Malraux), ces lieux et ces objets sont encore difficilement accessibles à tous les Français: il reste la préoccupation d’une élite sociale et culturelle et un loisir de privilégiés.

Fiche biographique: qui était André Malraux? ▶︎

Fiche: quand le patrimoine n’intéressait qu’une petite élite

     Georges-Henri Rivière, muséologue et fondateur des études sur les Arts et Traditions Populaires, a un jour écrit ceci: « Il y a en France l’art noble, soit le grand art savant, et l’art ignoble, c’est-à-dire l’art populaire. » En suivant sa pensée, on pourrait dire qu’il existait, avant le patrimoine populaire, un « patrimoine noble », qui est celui des églises, des châteaux, des monuments célèbres et des Beaux-Arts.

Bibliographie
  • Serge Briffaud, « L’Espace et le Temps du Patrimoine : Mutations contemporaines des sensibilités et des pratiques patrimoniales », in Sciences sociales et patrimoines, Paris, L’Harmattan, 2011, p. 97.
  • Isac Chiva, « Le patrimoine ethnologique : l’exemple de la France », Encyclopaedia Universalis, vol. 24 (Symposium), 1990, p. 229-241.
  • Krzysztof Pomian, « Patrimoine et identité nationale », Le Débat, 159-2, 2010, p. 45.
Médias

 

 

 

 

 

Schéma: l’évolution du terme « patrimoine » et ce qu’il recouvre.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La cathédrale de Quimper (1964)

 

 

 

 

Ballade strasbourgeoise (1959)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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