Le « petit » patrimoine

Longtemps le patrimoine était attaché aux nobles et aux puissants. Dans les années 1970 émerge l’idée de patrimoine populaire, souvent appelé « petit » patrimoine.

Vers de nouveaux horizons

Date à retenir
4 mars 1964 : création de l’Inventaire général

 

     Une création d’André Malraux sera déterminante dans la prise de conscience générale autour du patrimoine: en 1964, le ministère des Affaires culturelles met en place « l’Inventaire général des monuments et des richesses artistiques de la France ».

Fiche biographique: qui était André Malraux? ▶︎

     La mission de l’Inventaire n’est pas de protéger mais de recenser le patrimoine dans le but de le faire connaître. Le temps de sa mise en place, le premier canton est inventorié en 1969.

La présentation des missions de l’inventaire.

     Les équipes de l’Inventaire général sont allées recenser toutes les richesses de ce canton du Finistère. Jusqu’à présent, dans l’esprit du professionnel comme du public, les « richesses » de la France étaient avant tout les édifices anciens et monumentaux (cathédrales, forteresses, demeures princières…). L’Inventaire général est une initiative qui permet de renouveler le regard puisqu’il s’intéresse à des créations plus modestes: les petites églises, les villages, les fermes rurales. Les travaux de l’Inventaire général sont tout à fait significatifs de ce qui va se déployer au cours de la décennies 1970: un début d’ouverture de la notion de patrimoine.

« Ils répertorient, classent, recensent, détaillent, mesurent tout ce qui est notre patrimoine artistique, le patrimoine artistique de tous les Français, et ce n’est pas seulement le château de Versailles ou la cathédrale de Reims, c’est aussi l’objet humble et quotidien qu’on ne voit même plus tant on l’aime et on le connaît. C’est l’armoire de la grand mère ou le vaisselier de tante Léonie, des histoires de famille. Village après village, maison après maison, l’inventaire général des richesses de la France nous ouvre les yeux comme dans les contes de fées sur les trésors prestigieux ou simples qui nous entourent. »

Serge Moati, réalisateur de « L’espérance de la Vezouze : Vosges »,
Inventaire, 11 juin 1972, 2ème chaine.

Les objets du quotidien

     L’émergence d’un « petit patrimoine » ne vise pas à constituer un « contre-patrimoine » qui ne serait ni « grand » ni « noble ». Cette démarche vise à faire reconnaitre que des objets auparavant méprisés et jugés indignes ont leur place dans l’héritage collectif de la France, tout comme des objets reconnus et légitimes depuis longtemps.

     Dans les années 1970 également, les Arts et Traditions Populaires sont de mieux en mieux connus, alors qu’ils avaient été inventés par Georges-Henri Rivière dans les années 1930. Le contexte est donc favorable à la reconnaissance des patrimoines plus modestes.

     Ce « petit » patrimoine, les spécialistes l’appellent aussi « patrimoine vernaculaire », qui signifie produit non pas par/pour l’élite mais par/pour les catégories populaires.

 

Un signe d’ouverture

     L’acceptation de ces objets et de ces lieux nouveaux est le signe d’une nouvelle conception de la richesse collective d’un pays.

     Les écomusées sont un bon exemple du mouvement de reconnaissance du petit patrimoine. Ils témoignent d’une conception large de la culture régionale, très axée sur les pratiques populaires, il intègre plusieurs types de créations et accorde une large place à la mise en contexte historique et géographique. La notion d’habiter est très présente, tout comme celle de territoire.

     L’intérêt pour le petit patrimoine est une conséquence du travail de chercheurs, notamment en ethnographie, ce qui a permis de changer le regard sur les régions rurales et leurs populations.

 

Des efforts à poursuivre

     Toutefois, certains considéraient toujours qu’au terme de la décennie 1970, le petit patrimoine n’était pas encore suffisamment reconnu. En témoigne ce constat attristé d’un journaliste:

« Mais la France, et la Provence, n’ont pas été faites que par des notables. Au hameau de la Laille, il y a les monuments des pauvres, ceux qu’on n’étudie pas, et qu’on ne considère pas comme historiques. Les monuments qu’on ignore, comme si la plus grande partie de notre patrimoine, celle des notables comprises, n’était pas sortie de la main des pauvres gens, maçons, carriers, artisans, paysans et bergers de tous les temps. »

« Notre bien quotidien. Bilan de l’année du patrimoine »,
Il n’y a pas qu’à Paris, 12 juillet 1980, FR3.

     Tous ces efforts seront en effet poursuivis au cours des décennies suivantes, et dès l’année 1980 une immense explosion patrimoniale permettra d’aller vers une reconnaissance pleine et entière de tous les petits patrimoines. Malgré quoi, la décennie 1970 est celle où cette catégorie a construit petit à petit sa légitimité.

 

Bibliographie
  • Briffaud Serge, « L’Espace et le Temps du Patrimoine : Mutations contemporaines des sensibilités et des pratiques patrimoniales », in Sciences sociales et patrimoines, Paris, L’Harmattan, 2011, p. 95‑118.
  • Davallon Jean, « À propos des régimes de patrimonialisation : enjeux et questions », 2014, https://halshs.archives-ouvertes.fr/halshs-01123906/document
  • Glevarec Hervé, « Le nouveau régime d’historicité porté par les associations du patrimoine », in Concurrence des passés : usages politiques du passé dans la France contemporaine, Aix-en-Provence, Publications de l’université de Provence, 2006, p. 24‑35.
Vidéos

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Inventaire des richesses du Finistère (1969)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Un musée pour la culture rurale de Bourgogne: l’écomusée du Creusot (1977)

 

 

 

 

 

 


La civilisation des Cévennes se meurt (1972)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Suite

Qu'est-ce que l'Inventaire Général?

 

 

    Depuis 1965, il existe en France un organisme créé par André Malraux : l’Inventaire Général des Monuments et des Richesses Artistiques de la France.
Dans chaque région, maison par maison, des équipes de chercheurs dressent la liste des richesses artistiques de notre pays, "de la petite cuillère à la cathédrale". En pénétrant dans les maisons à la recherche d’objets, de mobilier, ils rencontrent aussi des hommes et, avec eux, avec leurs récits, leurs traditions, ils se trouvent confrontés à un mode de vie qui relève déjà du passé.

    Mais les chercheurs, trop occupés à dresser leur répertoire, n’est guère le temps de s’arrêter à l’environnement humain : c’est là qu’est intervenue la télévision.

    Guidé par les gens de l’Inventaire, Daniel Karlin a réalisé la première émission de cette série dans la Bretagne de l’intérieur, autour de la petite ville de Faouët. Il y a rencontré des personnages extraordinaires dont certains parlaient à peine le français. Dans les fermes où le décor n’a pas changé depuis plus d’un siècle, un contact inattendu s’est établi entre l’équipe de la télévision venue de Paris et les vieux paysans bretons.

    De la gardienne de la chapelle Saint-Fiacre au vieux meunier de Kergoat, c’est un peu une page de l’histoire de la Bretagne qui a été tournée.

 

Bulletin de presse ORTF de la semaine du 07 mai 1972
« En Dro D’ar Faouët », Inventaire, 07/05/1972