La décennie des superlatifs

La décennie 1980 est décisive pour comprendre les mutations du patrimoine en France au XXe siècle. D’une part, les années 1980 sont l’aboutissement des dynamiques qu’on a observées depuis les années 1960, elle est à ce titre dans le prolongement des années 1970. D’autre part, cette décennie est le théâtre de changements importants qui vont durablement marquer la notion.

 

Toujours plus divers

     La notion ne cesse pas de se faire plus accueillante. A tous les types de patrimoine déjà reconnus, de nouveaux vont faire leur apparition, et notamment la gastronomie, les arts de la table, de plus en plus de traditions, jusqu’aux langues régionales.

 

Toujours plus populaire

     Le patrimoine n’est plus ancré dans la culture classique de l’élite. Il se détache de plus en plus des grands monuments historiques, des châteaux, des églises.

     Les festivités de l’Année du Patrimoine ont grandement contribué à légitimer le patrimoine populaire, et tous les Français ont été invités à voir les richesses vernaculaires comme des éléments de fierté collective.

     En fait, c’est le regard des Français qui a changé. Ce qui permet désormais à chaque communauté, à chaque ville, de revendiquer des richesses plus ou moins oubliées, plus ou moins considérées prestigieuses. Au Mans, c’est par exemple la ville souterraine.

 

Toujours plus proche des Français

     Le patrimoine est désormais ancré dans le quotidien: il est dans les armoires de famille et dans le grenier de la maison, dans les objets légués par les aïeux, jusque dans l’assiette. Les Français ont découvert dans leur pays de plus en plus de richesses dont on leur a expliqué qu’ils pouvaient être fiers.

     Acte symbolique mais significatif: le ministère de la Culture lance l’opération « Mon patrimoine » en 1990. Le titre indique bien une volonté de faire s’approprier les richesses et les héritages par les Français. Et comme pour éviter une organisation centralisée et orchestrée depuis Paris, les collectivités locales (régions, départements, communes) y sont fortement associées.

 

Un grand progrès pour la compréhension de la notion

     La campagne de l’année 1980 a aussi popularisé le terme: il été tellement prononcé au cours de cette année qu’il est finalement entré dans le langage courant. Il s’agit d’un changement notable car, jusqu’alors, le nom conservait encore pour beaucoup de français son sens économique (la richesses privée qui se transmet entre générations). A force de l’entendre, les Français se sont familiarisés avec la notion.

Dossier: comment les Français ont appris à aimer le patrimoine.

     L’historien Pierre Nora parle d’une « révolution sémantique » pour désigner cette évolution.

« Un sondage de décembre 1979, publié en janvier par le Figaro, révèle que le mot, prioritairement compris dans le sens juridique et national comme héritage du père, en est venu, en un an, à désigner l’ensemble des richesses nationales et artistiques. »

Pierre Nora, Présent, nation, mémoire, Paris, Gallimard, 2011. p.18

 

Le revers de la médaille: un terme qui s’est banalisé

     C’est au cours de cette décennie que le terme « patrimoine » a été banalisé. Cela signifie plusieurs choses. D’une part, que le terme était sur toutes les lèvres et dans tous les journaux. D’autre part, qu’il était employé dans des cas discutables.

Fiche: qu’est-ce que le « tout patrimoine » que certains ont alors dénoncé?

 

Bilan

     Les phénomènes qui surviennent dans les années 1980 ont des répercutions sur les décennies suivantes. Cette décennie est celle qui a fait entrer le patrimoine dans l’ère des masses: tourisme de masse, culture de masse.

Bibliographie
  • Jean-Yves Andrieux, Patrimoine et histoire, Paris, Belin, 1997. p. 22
  • Alain Bourdin, Le patrimoine réinventé, Paris, Presses universitaires de France, 1984, p. 17.
  • Daniel-Jacques Grangé et Dominique Poulot, L’esprit des lieux : le patrimoine et la cité. Colloque international, Grenoble, Presses universitaires de Grenoble, 1997. p. 26.
  • Laurent Martin, « Les politiques du patrimoine en France depuis 1959 », Politiques de la culture, carnet de du Comité d’histoire du ministère de la Culture sur les politiques, les institutions et les pratiques culturelles, https://chmcc.hypotheses.org/1367
Vidéos

 

 

 

 

Infographie: comment la notion de patrimoine s’est élargie avec le temps

 

Une année de questions autour du patrimoine (1980)

 

Plongée dans les souterrains du Mans (1981)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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