Le patrimoine industriel finalement reconnu

La reconnaissance du patrimoine industriel est finalement tardive en France, mais elle est tout à fait significative de l’évolution de la notion, et jugée comme une victoire très importante des défenseurs des traces de l’industrie.

 

Une catégorie originale

     Cette catégorie incarne sans doute mieux que toutes les autres le renouvellement de l’idée de patrimoine au XXe siècle. En effet, qu’est-ce qui, à première vue pouvait paraitre plus éloigné des châteaux et des églises que les usines et les puits de mine? Les premiers sont des lieux de prestige et de pouvoir (aristocratique et religieux), des lieux construits et occupés par des élites. A l’inverse, lieux de l’industrie ont une fonction purement productive sont destinés au travail ; ils sont associés au labeur, voire à la souffrance. Certes, les lieux de production industrielle sont aussi associés à des personnages de pouvoir (les patrons), mais ils restent avant tout rattachés aux ouvriers.

     Il n’était pas écrit que les usines deviendraient un jour du patrimoine. Alors que les édifices précédemment évoqués devaient aussi, par leurs formes, plaire à l’oeil, ce n’était pas le cas de la majorité des usines. L’architecture industrielle des XIXe et XXe siècles utilise des matériaux inédits: le fer, la fonte, le verre, parfois la brique. On se souvient que plusieurs bâtiments de ce style furent détruits (les Halles de Paris) ou faillirent l’être (la gare d’Orsay).

Thématique: les Halles de Paris 

     Ce qui a été décisif, ce fut le fait que les Français changèrent de regard sur ces lieux. Cela résulte d’un travail de pédagogie entrepris notamment par des bénévoles. Des initiatives timidement amorcées dans les années 1980 ont contribué à changer le regard des Français sur l’industrie. Par exemple à Lille, une ancienne filature a été réaffectée en HLM.

     Cela a donné une image positive à un lieu autrefois associé au travail, et contribué à normaliser cette architecture.

 

Un patrimoine né d’un traumatisme

    Le point de départ fut la création de l’écomusée du Creusot dans les années 1970. Cette région de Bourgogne est marquée par l’industrie depuis le XIXe siècle, dans son paysage comme dans son identité. Elle fut la première en France à être marquée par le phénomène de la désindustrialisation, qui a pris l’ampleur, au Creusot, d’un véritable traumatisme après la fermeture en 1984 du principal groupe métallurgique qui s’y était installé.

    L’écomusée devait permettre de sauvegarder les traces de la civilisation industrielle au travers la conservation d’objets, de techniques, de souvenirs.

     De manière générale, l’existence du patrimoine industriel est fortement liée au drame qu’est la désindustrialisation. Les édifices et des sites de l’industrie n’ont acquis une valeur aux yeux des Français qu’au moment où ils ont manqué de disparaitre (cela avait été le cas pour les vieux quartiers, pour les Halles de Paris ou la gare d’Orsay). On peut même remonter aux moulins – qui sont aussi des lieux de production – qui, lorsqu’ils ont été mis massivement à l’arrêt dans les années 1950 et 1960, avaient suscité un sentiment nostalgique.

 

Un patrimoine lié à des mémoires douloureuses

     La mobilisation d’anciens ouvriers a été fondamentale dans la sauvegarde des lieux de l’industrie. Même si des universitaires et des spécialistes de patrimoine se sont intéressés à l’industrie depuis le XIXe siècle, leurs travaux n’avaient pas eu beaucoup d’écho. La reconnaissance est venue du terrain.

     C’est parce que d’anciens travailleurs ont revendiqué une mémoire ouvrière qu’ils en sont venus à attribuer de l’importance aux lieux auxquels cette mémoire est rattachée. Ainsi, les restes de hauts-fourneaux, les carreaux de mine abandonnés, les carrières et autres manufactures, ont-ils acquis une valeur symbolique au moment où ils perdaient leur utilité économique. Chaque arrêt d’usine, chaque fermeture de puits minier, a été vécu comme un drame par les travailleurs. Malgré cette mémoire douloureuse, les ouvriers se sont attachés aux lieux. Et en conservant des restes matériels de ces activités passés, disent-ils, cela permet de ne pas oublier.

 

Un certain succès

     Si le patrimoine industriel a été bien accueilli, c’est parce qu’il fait écho à plusieurs préoccupations des Français de la fin du XXe siècle:

  • La question du travail et la peur de perdre son emploi
  • L’attachement aux paysages typiquement régionaux
  • La croissance de la ville avec son image positive autant que négative

     Il y a même depuis les années 1990 un phénomène du tourisme industriel. Grace aux associations qui entretiennent la mémoire des lieux, des visites sont organisées, et quelque fois des musées sont créés. C’est le cas à Pont-Péan en Bretagne sur le site de l’ancienne mine de plomb. Citons aussi les locaux de la chocolaterie Menier à Noisiel, conservés et entièrement rénovés.

La chocolaterie Menier à Noisiel, à découvrir et à visiter 

Bibliographie
  • Jean-Yves Andrieux, « Les politiques du patrimoine industriel en France (1972-2000) : bilan et perspectives», in Philippe Poirrier et Loïc Vadelorge, Pour une histoire des politiques du patrimoine, Paris, Comité d’histoire du ministère de la culture, la Documentation française, 2003, p. 453.
Vidéos

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Usine reconvertie en HLM (1981)

 

Un musée pour la culture rurale de Bourgogne: l’écomusée du Creusot (1977)

 

 

 

 

 

 

Il faut conserver les traces de l’industrie (1999)
A Longwy le patrimoine industriel peine à être reconnu (1997)
Une ancienne mine bretonne accueille des visiteurs (1994)

 

 

 

 

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